Municipales 2020: le grand jeu de dupes de l'opposition et de l'exécutif

Gérard Larcher, président LR du Sénat (Photo: AFP)

POLITIQUE - Une fois, mais pas deux. Si l’exécutif a donné l’impression de décider seul de la tenue du premier tour des élections municipales le 15 mars dernier, quand de nombreux membres de l’opposition demandaient un report jusque tard dans la nuit à la veille du scrutin, cette fois, il n’entend pas être tenu pour seul responsable de la bonne conduite du second tour.

Ce 20 mai dans la soirée, Édouard Philippe a reçu les chefs de partis afin d’évoquer ce sujet très délicat.

Une façon de les consulter officiellement alors qu’ils n’avaient pas été associés en amont lors du premier tour, selon l’ensemble des chefs de partis. Le premier ministre a également envisagé de consulter le Parlement sur cette question, mais rien n’est encore inscrit à l’ordre du jour. 

À l’issue de la réunion, les participants ont annoncé qu’Édouard Philippe s’était laissé deux options: un second tour en juin... ou en janvier 2021, comme certains le réclamaient. 

Larcher opposé à un vote

Un vote sur la date des élections municipales? Peu de responsables de l’opposition le souhaitent, à commencer par le président du Sénat, Gérard Larcher, qui, selon l’AFP, a opposé une fin de non-recevoir: “Il dit que c’est par décret que le gouvernement doit fixer la date, c’est son pouvoir réglementaire”, selon une source de l’agence de presse. “C’est à l’exécutif de décider”, a exprimé le responsable LR sur France Info le 19 mai. 

Lors du premier tour, Gérard Larcher avait pourtant pesé de tout son poids dans la tenue du scrutin qu’il voulait absolument maintenir. Emmanuel Macron aurait, selon de nombreuses sources, notamment pris en compte son avis. 

“Ce n’est pas à l’opposition de décider”

Mais cette fois-ci, le troisième personnage de l’État comme d’autres dirigeants de l’opposition font la fine bouche. “Ce n’est pas à l’opposition de décider”, estime à son tour Marine Le Pen, la dirigeante du Rassemblement national qui avait pourtant envoyé un texto au chef de l’État le 14 mars dans la nuit pour lui demander le report, selon une enquête d’Envoyé Spécial diffusée le 25 avril. Une façon de se dédouaner donc de toute responsabilité si les élections venaient à mal tourner sur le plan sanitaire, comme le révélait également le magazine.

Moins affirmatif, mais tout aussi dubitatif sur le rôle qu’ils doivent exercer, les dirigeants de LR semblent embarrassés sur la position à tenir. “Qu’ils assument”, réclame Christian Jacob qui se dit tout de même favorable à un second tour en juin, notamment pour des motifs économiques, mais sans jamais aller jusqu’à demander officiellement cette date. Il faut dire que le pari est risqué et que les dirigeants de l’opposition ont moins accès aux données sanitaires que les dirigeants.

 

“Chacun doit prendre ses responsabilités”

Il n’empêche, après s’être vue vivement critiqué sur la décision du premier tour, la majorité a beau jeu d’expliquer désormais que les opposants ne prennent plus leurs responsabilités. “Je note avec un certain étonnement que des parlementaires considèrent que lorsqu’on leur pose une question sur la vie démocratique [...] ils considèrent qu’ils n’ont pas à se prononcer”, a fait valoir la porte-parole du gouvernement lors du compte rendu du conseil des ministres ce 20 mai. “Je crois au contraire que chacun doit prendre ses responsabilités, le gouvernement les prendra bien entendu en la matière”, a ajouté Sibeth Ndiaye

“La ficelle est grosse”, répond auprès du HuffPost, le président du groupe LR à l’Assemblée, Damien Abad, pour qui “le parlement ne donne pas d’avis consultatif”. Le député affirme qu’“ils nous ont déjà fait voter une loi qui prévoit un conseil des ministres le 28 mai pour qu’ils décident” et refuse un vote ”à l’aveugle”. Il est prêt en revanche à étudier la clause de revoyure suggérée par Matignon pour trancher la question quinze jours avant le vote, en tenant compte du nouvel avis du conseil scientifique, mais pas “quatre semaines avant”.

Le PS d’accord sous conditions

C’est aussi l’avis du Parti socialiste qui se fait encore plus précis. Dans un communiqué publié le 20 mai, le parti à la rose pose deux conditions à une consultation de l’opposition dans ce dossier: “une nouvelle réunion - suite au deuxième avis que rendra le conseil scientifique - entre le gouvernement et les partis politiques 15 jours avant la date retenue pour le scrutin afin de prendre une décision définitive” et que le processus électoral puisse être suspendu “jusqu’au dernier jour” en fonction des alertes de la communauté scientifique.

Le parti d’Olivier Faure estime tout de même, comme ses homologues, qu’il appartient désormais au gouvernement de prendre une décision qui relève de “sa compétence exclusive”. 

Le problème de la campagne

Autre problème que pose la tenue du second tour en juin: la question de la campagne. “Je ne me vois pas aller sur un marché, ni distribuer des tracts”, confiait par exemple au HuffPost un proche de Cédric Villani, candidat à Paris, ce 20 mai.

Même le président LREM de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand a déclaré sur France 2 que la possibilité d’un second tour en juin n’était “pas raisonnable”, mais qu’il s’en remettrait à l’avis du conseil scientifique. Il a également fait valoir l’argument d’une campagne électorale très complexe à organiser dans ces conditions sanitaires et donc potentiellement favorables aux maires sortants: “La démocratie ce n’est pas uniquement le vote. Ce sont des campagnes qui permettent des débats”, a-t-il insisté publiquement et en privé devant le président de la République selon les informations du Point.

Une position iconoclaste qui ravit le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon:  “Richard Ferrand reprend mon argument: pas de vote sans campagne électorale. Donc pas de vote sans garantie sanitaire du début à la fin”, a-t-il écrit sur Twitter. 

Si l’organisation du second tour est aussi ubuesque que le premier, personne n’aura vraiment tiré les leçons de la crise. Surtout que les Français, eux, ne sont pas pressés. Selon un sondage BVA pour Orange et RTL publié le mardi 19 mai, ils ne sont que 27% à attendre cette échéance.

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