Organisation, sécurité... l'inquiétude des maires sur un second tour des municipales en juin

Un bureau de vote de Mulhouse, le 15 mars 2020.

Le Conseil scientifique ne s’oppose pas à la tenue du second tour en juin, mais à des conditions strictes qui pourraient rendre l’organisation du scrutin compliquée selon certains élus.

Une campagne électorale basée sur le numérique, une décision définitive 15 jours avant la date du scrutin, des mesures sanitaires très strictes dans les bureaux de vote... Le Conseil scientifique a remis son avis sur l’organisation du second tour des municipales en juin, comme l’envisage l’exécutif.

Des recommandations qui inquiètent certains élus, qui estiment que l’organisation du scrutin dans ces conditions va virer au casse-tête. Parmi les recommandations qui inquiètent, celle de “tenir compte de la situation épidémiologique dans les quinze jours précédant la date décidée du scrutin”. Plus clairement, la possibilité d’annuler 15 jours avant le second tour des élections.

Un scrutin, c’est trois mois de préparation

Dans une ville de 140 000 habitants, un scrutin, c’est trois mois de préparation. Vous imaginez si 15 jours avant on annule le scrutin ?”, s’interroge le maire de Tours, Christophe Boucher, sur BFMTV. Une interrogation partagée par le maire LR de Perpignan, Jean-Marc Pujol : “Il faut qu’on tranche dès maintenant sur une date. Le flou n’est pas possible”.

Autre crainte évoquée par les élus, celle de la logistique et de la tenue des bureaux de vote. Dans son avis, le Conseil scientifique préconise de ne pas confier la tenue des bureaux de vote à des personnes jugées “à risque” : les personnes âgées ou présentant des comorbidités.

Un 2e tour “quasi-impossible” dans ces conditions

Au vu de ces recommandations, “on a des assesseurs qui étaient présents en mars qui ne pourront pas être là. Sans oublier ceux qui ont eu peur en mars et qui ne voudront pas être assesseurs”, s’inquiète le maire de Tours, qui juge la tenue du scrutin en juin “quasi-impossible” au vu des recommandations. D’autant que “le personnel municipal est mobilisé pour nettoyer les écoles, sécuriser les marchés, et n’a pas le temps de préparer un nouveau scrutin”.

Selon le code électoral, pour chaque tour des municipales, il faut au minimum un président de bureau de vote, deux assesseurs et un secrétaire.“Les candidats sont sollicités pour désigner des volontaires qui rempliront le rôle d’assesseur”, nous rappelait Pierre Sadran, professeur émérite à Sciences Po Bordeaux, à la veille du 1er tour. S’ils ne parviennent pas à réunir le nombre suffisant, des conseillers municipaux sont choisis. Si eux mêmes ne sont pas en capacité de tenir le rôle d’assesseurs, des électeurs sont désignés par le maire.

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Des réquisitions qui sont envisagées par le maire de Perpignan, qui rappelle avoir eu du mal à trouver des assesseurs lors du 1er tour, le 15 mars dernier, à la veille du confinement du pays. “Je ne vois pas beaucoup de citoyens venir tenir des bureaux de vote. À l’issue du 1er tour, j’ai eu 5 cas de Covid-19 chez ceux qui tenaient les bureaux de vote”, ajoute sur BFMTV Jean-Marc Pujol.

La crainte d’un manque d’assesseurs

Plusieurs élus, présents dans les bureaux de vote de leurs communes, sont décédés depuis le 15 mars, et des assesseurs ont été contaminés au Covid-19. S’il est impossible d’assurer qu’ils ont été contaminés à l’occasion du 1er tour des municipales, les craintes sont importantes.

Une étude menée par des épidémiologistes et statisticiens a d’ailleurs conclu que la tenue du premier tour n’a pas accéléré statistiquement la circulation du coronavirus, sans nier toutefois que des contaminations aient pu avoir eu lieu.

Une campagne du second tour faussée ?

Au-delà du scrutin en lui-même, les recommandations du Conseil scientifique concernant la campagne du second tour ne convainc pas certains maires, qui craignent une campagne faussée par sa durée, 4 semaines, et ses modalités. Le conseil recommande en effet une campagne numérique, à distance et invite à limiter les opérations de campagne, durant lesquelles il recommande "le port du masque et d'une visière pour toutes les personnes”.

Un argument repris par plusieurs responsables politiques dont Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, et Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, opposé à un second tour en juin."La démocratie ce n’est pas uniquement le vote. Ce sont des campagnes qui permettent des débats", argumente-t-il.

Une abstention record ?

Autre interrogation des élus, elle réside sur la mobilisation des électeurs. Lors du 1er tour, sur fond de coronavirus, une abstention record a été enregistrée. La participation s’est établie à 44,64 %, en chute de 20 points par rapport au dernier scrutin, organisé en 2014. Alors que le coronavirus circulera certainement encore sur le territoire, les électeurs se mobiliseront-ils ?

Sur la base de cet avis du Conseil scientifique, le Premier ministre consultera les responsables des partis politiques mercredi en fin de journée, et envisage aussi de solliciter un débat et un vote au Parlement sur l’organisation de l’élection fin juin.