Municipales : investitures retirées, trahisons, soutien au RN... la galère de LREM avec ses candidats

La République en marche rencontre des difficultés avec plusieurs de ses candidats aux municipales.

Pour La République en marche, l’entre-deux-tours des municipales est quelque peu chaotique. Le parti doit faire face à des trahisons, des rapprochements gênants et a même retiré plusieurs investitures.

La période de l’entre-deux-tours des élections municipales n’est pas de tout repos pour la République en marche. Après des scores décevants au premier tour, le parti de la majorité doit faire face à une campagne tendue. Trahisons, retraits d’investiture, alliances gênantes... les difficultés se multiplient au quatre coins de la France.

Gérard Collomb mis de côté

Le divorce est consommé entre l’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et LREM. Le maire sortant de Lyon, qui avait décidé de ne pas se présenter à sa propre succession mais de briguer à la place la tête de la métropole, a essuyé un sérieux revers au premier tour. Aucune de ses listes n’est arrivée en tête dans les 14 circonscriptions du scrutin. Son poulain, l’ancien gymnaste Yann Cucherat, candidat à la seule ville de Lyon, ne s’en est pas mieux sorti.

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Alors, pour sauver les meubles, Gérard Collomb a pris une décision radicale. Il a scellé une alliance avec Les Républicains, impliquant le retrait de sa candidature à la métropole, au profit du candidat de la droite François-Noël Buffet. En échange, à Lyon, Les Républicains ont retiré leur candidat pour soutenir Yann Cucherat.

Mais cette entente n’est pas du goût de la majorité. “Une ligne rouge” a été franchie, a estimé Stanislas Guerini, secrétaire général de la République en marche, le 29 mai, au lendemain de cette annonce. Ce même jour, le parti présidentiel a décidé de retirer son investiture à Gérard Collomb et Yann Cucherat, et a annoncé qu’une sanction identique serait appliquée à "l'ensemble des candidats dans les arrondissements lyonnais et les circonscriptions de la métropole qui décideraient de s'engager à leur tour dans ce schéma d'alliance".

Des rapprochements gênants

Même motif, même punition à Saint-Etienne. Le candidat LREM Eric Faidy a annoncé, le 2 juin dernier, la fusion de sa liste avec celle du LR Jean-Pierre Brenas, comme le rapporte La Montagne. Et le parti de la majorité a donc décidé de lui retirer son investiture. Un choix qui s’explique notamment par la nature de la droite dans cette région. “Il faut faire la différence entre la droite de Wauquiez, conservatrice et qui a eu des propos très durs contre le gouvernement, et la droite à Bordeaux qui n’est pas du même courant. [...] Ici, dans notre région, on est plus proche d’un courant des Républicains qui se rapproche du Rassemblement national…”, a expliqué Guy Lavocat, membre exécutif de LREM, à La Montagne.

Le parti présidentiel a également retiré son investiture à la candidate de Châtillon (Hauts-de-Seine) Carole Guillerm. Elle était arrivée quatrième du premier tour mais pouvait espérer se maintenir grâce à ses 15%. Elle a finalement choisi de fusionner sa liste avec celle du LR Jean-Paul Boulet (25% au premier tour) comme le rapporte le site actu.fr, afin de faire barrage à la socialiste arrivée largement en tête, Nadège Azzaz. Cette dernière avait pourtant été soutenue par un collectif de Marcheurs dès le premier tour.

Même punition pour Sébastien Perrotel à Colombes (Hauts-de-Seine). Le candidat LREM était arrivé troisième du premier tour avec 21,6%. Amplement suffisant pour continuer, mais il a préféré s’allier à la maire LR sortant, Nicole Goueta, pour contrer le candidat écologiste Patrick Chaimovitch, précise actu.fr.

Soutien au RN

À Perpignan, deux membres de la liste LREM ont décidé d’apporter leur soutien... au candidat du Rassemblement National, Louis Alliot. Après le premier tour, quatre candidats avaient un score suffisant pour se maintenir au second. Parmi eux, Romain Grau, estampillé En Marche, avec 13%. Mais, souhaitant faire barrage au RN arrivé en tête avec 35,6% des voix, il a préféré se retirer, tout comme la candidate EELV arrivée troisième. “Je ne peux me résoudre à voir le Rassemblement National faire de notre ville un laboratoire de l’idéologie populiste d’extrême-droite comme il l’annonce depuis déjà plusieurs années”, avait notamment expliqué Romain Grau son compte Facebook le 28 mai.

Un avis que n’ont pas partagé tous ses colistiers. Dès le lendemain de cette annonce, Josiane Cabanas, numéro 10 sur la liste LREM, a apporté son soutien à Louis Alliot, selon le HuffingtonPost. Quelques jours plus tard, le 3 juin, elle a été rejointe par Alain Cavalière, qui était numéro trois de la liste de Romain Grau, comme le rapporte Le Parisien. Un revers encore plus sévère pour La République en marche.

Comme il l’a expliqué au quotidien, il regrette que candidats et colistiers aient décidé de se tourner vers le maire LR sortant, Jean-Marc Pujol, “après avoir dit pis que pendre de son bilan”. “Il faut renouveler le personnel politique dans cette ville”, a-t-i encore précisé dans Le Parisien pour justifier sa position.

Les difficultés s’enchaînent à Besançon

À Besançon, En Marche connaît des difficultés d’un autre genre. L’affaire avait déjà mal commencé au premier tour puisque, face au candidat LREM officiel Eric Alauzet, l’ancienne référente départementale du parti, Alexandra Cordier, avait décidé de mener sa propre liste.

Eric Alauzet est finalement arrivé troisième, avec près de 19%, derrière la candidate EELV Anne Vignot, et le Républicain Ludovic Fagaut. Le candidat LREM doit faire face à un autre revers, avant le second tour : deux de ses colistiers ont décidé de lui tourner le dos, pour apporter leur soutient au candidat de droite, comme le rapporte France info.

La raison de ce changement d’allégeance ? “Il ne peut pas gagner”, estiment Florian Maillot et Lucas Petit à propos d’Eric Alauzet. Pour le candidat, le problème viendrait plutôt du fait que les deux colistiers “étaient mécontents de ne pas être éligibles sur la liste et ils ont d'ailleurs disparu de la campagne dès février”, a-t-il expliqué à France info. “Rien ne m’aura été épargné”, conclut-il.

Abandons en chaîne et plainte à Cherbourg

La situation est encore pire à Cherbourg-en-Cotentin. Pas moins de neuf colistiers de Sonia Krimi, la candidate de La République en marche, ont décidé de se désolidariser à quelques jours du deuxième tour. Ils reprochent à la candidate d’avoir voulu se maintenir à tout prix sans consulter ses soutiens. Vendredi 12 juin, sept d’entre eux ont annoncé en même temps leur décision, selon Ouest France. La liste ayant déjà été déposée à ce moment-là (les candidats avaient jusqu’au 2 juin), ils ne peuvent pas se retirer complètement.

Mais ils ont expliqué, dans une communiqué, que pour eux “la solution n’était pas de se maintenir en lice pour le second tour de l’élection municipale mais de se retirer”. “Nous ne saurions donc être tenus pour responsables de [l’]échec électoral” de la liste, ont-ils conclu. Deux autres ont depuis décidé de lâcher la candidate, toujours selon le quotidien.

La situation s’est encore plus compliquée ces derniers jours. Puisque, dans la soirée du 12 juin, l’ancien collaborateur parlementaire de la député et candidate Sonia Krimi - qui fait partie des colistiers qui se sont désolidarisés - s’est fait cambrioler. Son ordinateur et des documents de campagne ont été dérobés, rapporte le site actu.fr. Le lendemain des faits, les échanges de mails entre les colistiers dissidents - notamment au sujet de leur communiqué - ont été déposés dans les locaux du quotidien La Presse de la Manche. Olivier Binst a porté plainte contre X le 16 juin, précise Ouest France. Il estime, selon le site actu.fr, que le vol dont il a été victime est lié à la révélation de ces courriels. Ambiance.

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