Municipales 2020 : à Paris, le jeu des alliances est déjà lancé

À Paris, les candidats ont déjà entamé les discussions autour de la fusion des listes entre le premier et le deuxième tour des municipales.

Les alliances entre les candidats, qui ont lieu entre le premier et le second tour des municipales, se préparent en amont. À Paris, les discussions sont en cours depuis un moment déjà. 

Tous les candidats à la mairie de Paris - sauf Marcel Campion, qui a fait une apparition vidéo - étaient réunis sur le plateau de France Info, mardi 10 mars. Cinq jours avant le premier tour des municipales, les débats étaient déjà tournés vers les alliances en vue du second. Agnès Buzyn a évoqué ses points d’accord avec Cédric Villani et David Belliard. Anne Hidalgo a également préparé le terrain, expliquant au détenteur de la médaille Fields qu’ils n’allaient quand même pas “faire la négociation ici”. 

De quoi énerver Rachida Dati. “On n'est pas à Koh Lanta, là. Ce n’est pas des alliances à qui vous donnez le collier d’immunité”, s’est-elle insurgée lorsque l’ancienne ministre de la Santé s’est déclarée “en phase” avec le dissident LREM. 

Moins de deux jours pour fusionner

Si, conformément au code électoral, les fusions ne pourront se faire qu’à partir du dimanche 15 mars au soir, d’un point de vue politique, “les négociations et les discussions ont démarré depuis fort longtemps”, nous précise Martial Foucault, professeur à Sciences Po et directeur du Cevipof. Et pour cause, les listes doivent être déposées en préfectures au plus tard le mardi 17 mars, à 18h. Impossible, donc, “de discuter d’un programme commun en moins de 48 heures après le premier tour”. Il faut donc se mettre d’accord “sur des projets, des thématiques qui feront consensus” en amont. 

Le programme n’est évidemment pas le seul sujet de discussion, même si, officiellement, il s’agit d’avoir “des priorités communes d’action publique”. “En réalité, c’est aussi un jeu de place et de position”, décrit Martial Foucault. Les candidats discutent notamment du poids de l’allier, non seulement au Conseil d’arrondissement mais aussi au Conseil de Paris. Une étape souvent délicate, car la fusion signifie que “des colistiers qui étaient en position éligible sur une liste autonome vont devoir quitter le navire pour laisser leur place à ceux qui ont été adversaires pendant la campagne”, poursuit le spécialiste.

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“Le jeu subtil des 5 à 10%”

Si les discussions sont déjà bien entamées, les négociations se durciront après les résultats. “C’est le jeu subtil des 5 à 10%”, nous explique le professeur à Sciences Po. Il développe : “en dessous de 5%, on n’existe plus. Au-dessus de 10%, on devient plus redoutable et très exigeant. Entre les deux, on peut être la liste pivot”. C’est justement là que se situe Cédric Villani, crédité à 7% des intentions de vote au premier tour, selon un sondage BVA pour Orange et Europe 1 publié ce 11 mars. D’où les remarques insistantes d’Anne Hidalgo et d’Agnès Buzyn lors du débat de la veille.

Vraisemblablement, Anne Hidalgo devrait se rapprocher des alliés naturels du PS, à travers le candidat écologiste David Belliard et la candidate LFI Danielle Simonet. Agnès Buzyn avait sous-entendu, dès le lancement de sa campagne, qu’elle ne ferait “pas d’alliances de partis” pour le deuxième tour, mais qu’elle n’excluait pas “des discussions par arrondissement”. “Elle a remarqué que certains candidats n’avaient pas rejoint les listes Les Républicains avec beaucoup d’entrain, donc il y a une possibilité de fendre les armures et de créer des alliances dans certains arrondissements”, analyse Martial Foucault.

Villani au centre des attentions

Quant au très sollicité Cédric Villani, s’il obtient bien les 7% que les sondages lui prédisent, “il pourra faire monter les enchères soit en terme de programme, soit en terme de position”. Pas sûr, pour autant qu’il se tourne vers Agnès Buzyn, puisqu’il avait déjà refusée la main-tendue de Benjamin Griveaux et même d’Emmanuel Macron en personne. “Sauf si, coup de théâtre, un espace énorme est laissé par la candidate LREM à la liste de Cédric Villani”, suppose le professeur de Sciences Po. Le vent devrait donc être favorable à Anne Hidalgo, d’autant qu’une proximité existe entre les deux candidats : en 2014, le mathématicien était président du comité de soutien de l’actuelle maire de Paris.

Si ces jeux d’alliances occupent déjà les candidats, il ne faut pas oublier que “tous les électeurs du premier tour ne vont pas voter massivement au second tour pour la nouvelle liste fusionnée. Il y a une déperdition très forte”, prévient Martial Foucault, “en particulier en cas d’alliances centre-gauche ou centre-droit”. Les résultats des différentes tractations seront connues dans moins d’une semaine.

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