Municipales: à Paris, Buzyn veut "jouer le match"

Ambre TOSUNOGLU
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Agnès Buzyn, candidate LREM, dans une rue de Paris, le 23 juin 2020

Paris (AFP) - Une tournée médiatique tambour battant, une discrète campagne sur les pavés parisiens: Agnès Buzyn, candidate LREM arrivée troisième au premier tour des municipales à Paris, veut d'abord "jouer le match" avant de s'avouer vaincue, et met en garde contre un vote sanction "contre l'exécutif".

Mardi après-midi, c'est discrètement que la candidate de la macronie arrive dans les rues de l'hyper-centre, à deux pas de l'Hôtel de Ville. Les passants la regardent, s'arrêtent, mais personne n'osent vraiment l'interpeller... Jusqu'à ce qu'un jeune trentenaire lui demande un "selfie".

"Vous serez un politique, vous verrez !", prophétise auprès du jeune homme la candidate, qui ne se considère "pas politique".

Pourtant, après de longues réflexions qui ont agacé son camp, l'ancienne ministre de la Santé est restée candidate à la mairie de Paris, et promet désormais d'être assidue au Conseil de Paris. Quoi qu'il arrive.

Et dans la dernière ligne droite, elle va à la rencontre des associations LGBTQI+ (lesbiennes, gays, bi-es, trans, queer, intersexes) au coeur du Marais.

"Les personnes que je viens voir sont un symbole pour moi, un symbole de la lutte contre les discriminations", plaide la candidate, qui met en avant "les solidarités" dans son programme.

"Je n'étais pas très content qu'elle se réveille si tard, mais je suis content qu'elle le fasse", abonde le responsable de l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens, Dominique Borel. "Rencontrer Agnès Buzyn, c'est toujours intéressant", ajoute ce militant, qui relève qu'"au moins, elle fait l'effort".

- "Petite commission parlementaire" -

Agnès Buzyn interroge, écoute et note soigneusement les remarques de ces responsables associatifs et militants, promet de favoriser l'adoption pour les couples de même sexe, lutter contre les discriminations, sensibiliser les agents de la Ville et la future police municipale à ces questions...

Avant d'être rattrapée sur ses actions lorsqu'elle était ministre la Santé - poste qu'elle a abandonné pour remplacer au pied levé le Benjamin Griveaux, démissionnaire après la révélation d'une vidéo intime - et d'être interrogée, cette fois, sur les "manques" de la loi PMA (Procréation médicalement assistée pour les femmes seules ou lesbiennes).

"Une magnifique loi portée qui permet l'accès aux droits à toutes les femmes. J'aurais souhaité la porter jusqu'au bout", confie l'ex-ministre, qui l'a préparée "pendant deux ans".

Avant de s'éclipser, la militante de SOS Homophobie insiste: "Est-ce qu'on peut se revoir avant le 6 juillet ?", et le retour de la loi au Parlement, insiste-t-elle.

"Je ne peux pas", s'excuse Agnès Buzyn. "J'ai une petite commission parlementaire avant".

"Ça doit être compliqué pour elle, depuis ses déclarations", souffle une passante, dans une allusion à ses propos, révélés par Le Monde, où elle qualifiait au lendemain du premier tour les élections municipales de "mascarade".

Avant de s'expliquer devant les parlementaires sur sa gestion des masques, et Covid-19, la candidate reste bon gré mal gré concentrée sur sa campagne en dépit de sondages peu encourageants qui la classent toujours troisième, bien loin de ses rivales.

Selon un sondage BVA, Agnès Buzyn (18%) est loin derrière la maire socialiste sortante Anne Hidalgo, qui arrive largement en tête (45%), et la candidate du parti Les Républicains Rachida Dati (34%).

Pour remobiliser ou limiter la casse, la candidate en appelle désormais au sursaut macroniste: "Ce vote va être interprété comme un vote potentiellement de défiance vis-à-vis du président de la République. Or, je pense que le gouvernement aujourd'hui mérite qu'on soutienne son action (...) déterminante dans la crise", plaide-t-elle. "Tout vote pour Mme Dati, Mme Hidalgo, sera interprété comme un vote contre l'exécutif."

"On n'acte jamais d'une défaite avant d'avoir joué le match", glisse-t-elle, tout sourire. Et si dimanche, elle devait perdre, la médecin spécialisée en hématologie, promet d'être "une opposante à celle qui sera élue". "Je porterai cette voix d'opposition", promet-elle.