Municipales à Lyon: d'inconnu à quasi-favori, qui est l'écologiste Grégory Doucet?

Benjamin Rieth
Grégory Doucet, candidat EELV, le 27 novembre 2019 à Lyon. - ROMAIN LAFABREGUE / AFP

Il pourrait être le prochain maire de Lyon. L'écologiste Grégory Doucet, 46 ans, apparaît désormais comme le favori quelques jours avant le second tour des élections municipales, dimanche prochain. Arrivé en tête avec 28,46 % des voix au premier tour, il a depuis noué une alliance avec les partis de gauche pour ravir le fauteuil de maire à l'inamovible Gérard Collomb.

Prêt à prendre la tête d'une ville de plus de 500.000 habitants, Grégory Doucet pourrait offrir une grande victoire aux Verts. Il est pourtant peu connu du grand public. Arrivé à pas de loup dans la politique lyonnaise, il a renversé dès le mois de septembre deux figures de l'écologie locale pendant les primaires du parti: Bruno Charles et Étienne Tête.

Peu d'expériences politiques

"Initiatilement, mon objectif n'était pas de me présenter", confie à BFMTV.com le candidat. Élu à la tête d'Europe-Ecologie-Les Verts à Lyon en 2017, "mon objectif, c'était d'organiser et de fédérer pour présenter un candidat. J'aurais souhaité qu'une femme puisse émerger", ajoute-t-il. Mais "à force d'être celui qui anime, qui fédère", le voilà tête de liste.

Avant cette aventure, ses expériences électorales se résumaient à peu de choses: une apparition en bout de liste lors des élections municipales en 2014 dans le 8e arrondissement, puis une autre sur la liste de Yannick Jadot aux élections européennes en 2019. Entre ces deux scrutins, il avait été évincé des législatives, victime du jeu des alliances avec le Parti socialiste.

"A l'heure où on a besoin d'écologiste, l'Assemblée nationale s'est retrouvée avec peu de défenseurs du bien commun", dénonce-t-il. "Un anachronisme qui ne peut pas durer", pour le candidat qui veut voir des élus verts aux responsabilités.

Arrivé à Lyon en 2009, après des années passées en tant qu'expatrié aux Philippines et au Népal, Grégory Doucet s'est inscrit à EELV quelques mois après son installation dans la capitale des Gaules. Un cheminement logique pour celui qui "a toujours voté écologiste". "C'est le mouvement politique qui a la vision la plus globale, qui peut concilier enjeux du quotidien et enjeux planétaires", assure-t-il.

Une carrière dans l'humanitaire

Ce n'est toutefois qu'à partir de 2016 qu'il se lance pleinement dans le combat politique. "L'enjeu nous oblige à nous positionner", entre ceux qui luttent pour l'environnement "sans certitude de gagner" et le camp des "résignés". "Mes enfants n'ont pas à subir les conséquences des choix d'avant. On ne peut pas s'y résigner", lance le candidat.

Père de trois enfants, Grégory Doucet avait jusque-là fait carrière dans l'humanitaire. Après avoir présidé à la fin des années 90, l'association Genepi, qui travaille dans le milieu carcéral, et fondé l'ONG Planète enfants et développement, il rejoint l'ONG Handicap International. Ces dernières années, il dirigeait les opérations en Afrique de l'Ouest, avant de mettre entre parenthèses ses activités pour se consacrer à sa candidature.

Novice dans la bataille électorale, le Lyonnais, supporter de l'OL féminin, balaie d'un revers de main le procès en incompétence qui lui est fait par ses adversaires, pour gérer une ville au rayonnement européen. "J’ai fait une école de commerce, je gère des équipes de centaines de personnes depuis plusieurs années", répond-il à ses détracteurs qui dépeignent un candidat faible sur l'économie et utopiste en matière d"écologie , dans une interview à 20 Minutes, . "Je sais ce qu’est le management et je suis très à l’aise pour parler économie", ajoute-t-il. Une précision qui a toute son importance dans une ville où l'électorat se montre depuis des années sensible à cet enjeu.

De son côté, David Kimelfeld, candidat à la Métropole de Lyon, admet "peu connaitre" Grégory Doucet. Il reproche toutefois au candidat vert - tout comme à Bruno Bernard, son adversaire aux élections métropolitaines - l'alliance "qui me parait tout à fait inefficace" avec La France insoumise pendant l'entre-deux tours. Mais aussi "la non prise en compte de la crise qui vient de passer et la crise qui s'annonce".

"On a une crise devant nous, on ne peut pas voir les projets de la même façon", lance-t-il, notant par ailleurs "lu peu de choses sur le soutien aux commerces".

Crise sanitaire et premières mesures

"Ça fait plusieurs mois que je me prépare", assure pour sa part le candidat EELV auprès de BFMTV.com, "nous avons des figures de la politique lyonnaise qui nous soutiennent, des gens déjà en poste (...) Mon objectif est d'être prêt à gouverner". Et de citer le ralliement de Thierry Philip, ancien maire du 3e arrondissement et actuel vice-président de la Métropole, de Christian Coulon, édile du 8e arrondissement, et de Bernard Bochard, maire du 9e.

"Je compte dès le début de mon mandat mettre à plat la gouvernance et donner plus de pouvoir aux maires d'arrondissement", détaille le candidat, qui dit aussi vouloir faire face "aux conséquences visibles et celles à venir" de la crise sanitaire du Covid-19.

Parmi ses premières mesures, le candidat veut donc créer un "fonds de soutien" pour le secteur culturel "pour qu'il puisse remonter la pente", mais aussi "faire en sorte que les élèves qui ont le plus souffert (pendant le confinement) retrouvent le goût d'être ensemble". Autre combat: celui de la sécurisation des abords des écoles avec "la piétonnisation ou l'élargissement des trottoirs", propose Grégory Doucet.

Mais pour transformer le visage de la ville de Lyon, le candidat va devoir composer avec une métropole aux pouvoirs étendus depuis 2015. Si Bruno Bernard, candidat EELV, est élu, la question devrait être vite résolue.

"On travaille ensemble, on se coordone très souvent (...) On est presque en permanence en contact (...) on est complémentaire", assure la tête de liste lyonnaise.

Mais même en cas d'échec des écologistes aux élections métropolitaines, le candidat à la mairie de Lyon assure qu'il sera impossible de laisser de côté le vote vert. "L'envie d'écologie ne peut pas être ignorée. Tous les candidats ont parlé d'écologie. Le poids de l'écologie sera important et une majorité ne pourra pas ne pas l'entendre (...) Quoiqu'il arrive, on pèsera", prévient-t-il.

Article original publié sur BFMTV.com