Mozambique: le Cabo Delgado en déliquescence sécuritaire et humanitaire

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La Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, demande des « mesures urgentes » pour protéger les populations civiles dans le nord du Mozambique. Dans son communiqué publié vendredi 13 novembre, l'ancienne présidente du Chili juge la situation « désepérée » dans la région du Cabo Delgado, en proie à une recrudescence d'attaques menées par les jihadistes shebabs qui se revendiquent du groupe État islamique.

Depuis la mi-octobre, les attaques s'intensifient dans la région du Cabo Delgado. Selon l'ONU, les victimes se comptent par dizaines, mais aucun chiffre fiable n'est disponible. Des décapitations sont aussi rapportées de manière régulière. Des médias locaux et internationaux ont avancé que 50 corps avaient été retrouvés sans tête le week-end dernier dans une clairière du district de Mouidoumb. Un chiffre invérifiable là encore selon Mgr Luiz Fernando Lisboa, l'évêque de Pemba, la capitale provinciale.

« Ces derniers jours il y a eu beaucoup de violence et également des décapitations, c'est un fait, c'est vrai. Combien ? Je ne peux pas vous le dire, on ne sait pas, tout le monde est en fuite, on n'arrive pas à compter. Mais j'ai par exemple parlé avec un jeune dont le frère et l'oncle ont été tués. »

« Des corps dans la brousse »

L'évêque de Pemba confirme en revanche l'afflux de déplacés et le manque de moyens pour leur venir en aide. Plus de 14 000 personnes sont arrivées depuis le 16 octobre : par la terre, après parfois des semaines cachées dans la brousse. Ou par la mer, avec le risque d'avarie. Le chavirage d'un bateau a ainsi fait 40 morts au moins, toujours selon l'ONU.

Zenaida Machado, qui travaille sur le Mozambique pour l'ONG Human Rights Watch, rappelle que les décapitations sont courantes depuis le début de l'insurrection jihadiste en 2017 dans cette région. Elle dénonce, elle aussi, l'absence de prise en charge humanitaire des personnes déplacées :

« Quand ils arrivent, il n'y a aucun officiel de l'État pour les aider, pour les enregistrer. Il n'y a pas d'équipe médicale pour voir s'ils sont malades ou blessés, alors qu'ils sont extrêmement fatigués, visiblement déshydratés. Ils sont restés des jours en mer sans boire ni manger, avec seulement les habits qu'ils ont sur eux car ils ont vendu tout le reste pour payer leur place sur le bateau. La plupart d'entre eux ne savent pas où sont passés leurs proches. Sur ces bateaux, il y a des enfants qui ne savent pas où sont leurs parents, des personnes handicapées. Ce n'est qu'un exemple de ce qu'on peut voir, de ce désastre humanitaire. Et il y a aussi ce qu'on ne peut pas voir : avant de monter sans ces bateaux, ils passent des semaines dans la brousse, à se cacher. Ils disent qu'on y voit des corps partout, dans la brousse, dans les fermes, jusqu'à ce qu'ils puissent embarquer pour des endroits sûrs. »