Mozambique: à la veille du sommet de la SADC, le président Nyusi pose des limites

·4 min de lecture

À la veille du sommet extraordinaire de l'organisation régionale SADC sur la crise humanitaire et sécuritaire à Cabo Delgado, le président du Mozambique, Filipe Nyusi s'est exprimé ce mercredi 7 avril dans un discours diffusé à la télévision.

« Ceux qui viendront de l'étranger ne seront pas là pour nous remplacer, ils viendront en soutien. Il ne s'agit pas d'une quelconque fierté, mais de souveraineté », a déclaré le président mozambicain.

Par ses propos, le président Nyusi rappelle sa position depuis le début de la crise : pas de bottes étrangères sur notre sol. Le seul soutien accepté jusqu'à présent est celui d'hélicoptères de sociétés de sécurité privées sud-africaines ou encore la formation de forces spéciales par des partenaires étrangers, comme les États-Unis ou le Portugal.

Depuis les premières attaques en 2017, le président mozambicain a toujours cherché à relativiser l'ampleur de la crise dans la province de Cabo Delgado. Tenant un discours d'une situation sous contrôle.

De l'avis de plusieurs experts, pour Maputo, reconnaître son incapacité à faire face seul à une rébellion locale devenue groupe ultra violent se revendiquant du jihad international est contre-nature.

Mais après la prise de contrôle de Mocímboa da Praia en août dernier par les insurgés et l'attaque de Palma fin mars, la pression régionale et internationale est devenue trop forte, Filipe Nyusi n'avait d'autre choix que d'accepter ce sommet qu'il accueille ce jeudi.

Ses voisins attendent des explications. Lui devrait, selon les analystes, tout faire pour éviter que des regards extérieurs se posent de trop près sur une zone opaque, théâtre de nombreux trafics.

À lire aussi Mozambique: des jihadistes ont pris la ville de Palma, dans le nord-est du pays

Une insurrection locale devenue en moins de quatre ans une menace régionale

L'attaque jihadiste de Palma, dans le nord du pays, le 24 mars, a attiré les regards du monde entier. La cité portuaire se trouve à proximité d'un méga-projet gazier piloté par Total, projet d'ampleur internationale désormais à l'arrêt pour un temps indéterminé. Palma, ville qui comptait 75 000 habitants et 40 000 déplacés a été saccagée, le nombre de victimes est encore incertain, mais les rescapés racontent des scènes d'une très grande violence. Attaque revendiquée par l'organisation État islamique.

Le nombre de déplacés, prévient le HCR, pourrait atteindre le million en juin si la violence continue. Une situation inédite pour la SADC, une organisation régionale sous pression.

À lire aussi: Attaque au Mozambique: les autorités affirment reprendre le contrôle

La SADC confrontée à une crise sans précédent

La SADC se trouve avec la crise au Cabo Delgado confrontée à un défi sans précédent pour l'organisation plus habituée à gérer des crises de légitimité politique

Depuis plusieurs jours, le président du Botswana fait le tour des capitales pour préparer ce sommet. De par l'histoire des pays qui la composent, la SADC est très attachée au principe de souveraineté, cherchant au maximum à ne pas interférer dans les affaires intérieures de ses pays membres. Mais la pression est devenue trop forte, l'Union africaine a appelé à une réponse régionale urgente. Les ONG plaident depuis longtemps pour que la SADC intervienne. L'attaque de Palma a accéléré les choses.

La Tanzanie et l'Afrique du Sud préoccupés par l'instabilité dans la région

Deux pays en particulier sont très préoccupés par la situation. D'abord la Tanzanie, voisine de la province de Cabo Delgado. La coopération entre le président défunt John Magufuli et Filipe Nyussi était inexistante. L'enjeu aujourd'hui sera de voir quelle position adopte la nouvelle présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan.

Autre voisin très inquiet d'une possible contamination jihadiste : l'Afrique du Sud qui en tant que puissance régionale doit montrer sa capacité à stabiliser la zone.

Les observateurs les plus optimistes espèrent aujourd'hui une annonce concrète, avec une mission d'évaluation et une force d'intervention pour sécuriser les citoyens, permettre aux habitants de rentrer chez eux et aux investisseurs de reprendre leurs activités

Si une telle décision est prise, il faudrait au minimum plusieurs mois pour qu'elle se concrétise.