Mouvements sociaux : dans quels pays fait-on le plus souvent grève en Europe ?

Mouvements sociaux : dans quels pays fait-on le plus souvent grève en Europe ?

Les syndicats français ont appelé ce jeudi à la grève générale et nationale. Le pays a pour réputation d'être la "championne des mouvements sociaux". Mais cela se vérifie-t-il à l'échelle de l'Europe ? Et la France conserve-t-elle un puissant pouvoir de négociation avec les employeurs ?

Les organisations syndicales françaises ont appelé à la grève générale ce jeudi. C'est une réponse aux projets du gouvernement du président Emmanuel Macron de réformer le système de retraite et de repousser l'âge de départ à la retraite à 64 ans. Les grèves pourraient se poursuivre au-delà du 19 janvier. Le plus grand syndicat français, la CGT, a déclaré que la journée de jeudi n'était qu'un point de départ.

Des grèves ont également lieu récemment au Royaume-Uni. Les infirmières se sont mises en grève en Angleterre en décembre 2022 pour la première fois depuis un siècle. Les cheminots ont également interrompu leur travail ces dernières semaines. Les enseignants et les soignants de la NHS prévoient de faire de même courant février.

Les grèves sont un élément important de la culture professionnelle en Europe. Dans plusieurs États-membres de l'UE, dont l'Espagne et l'Allemagne, les travailleurs se sont récemment mis en grève, principalement pour réclamer de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

Mais dans quel pays fait-on le plus grève en Europe ? Les actions syndicales sont-elles plus fréquentes dans certains pays que dans d'autres ? Fait-on plus ou moins la grève qu'avant ?

Le nombre de jours perdus à cause de la grève en Europe :

D'après les données recueillies par l'Institut syndical européen, le classement des pays qui font le plus grève en Europe a changé au cours des vingt dernières années.

Entre 2000 et 2009, la moyenne annuelle de jours non travaillés en raison de grèves (pour 1 000 salariés) était la plus élevée en Espagne, où 153 jours de travail étaient perdus en moyenne. Elle était suivie par la France, avec 127 jours.

Le Danemark (105 jours) se classait troisième avec une moyenne annuelle de plus de 100 jours de travail perdus. La Belgique et la Finlande prenaient la suite avec 70 jours chacune.

Au Royaume-Uni, seuls 28 jours de travail ont été perdus en moyenne par an entre 2000 et 2009 en raison de grèves. En Allemagne, ce chiffre n'était que de 13 jours, tandis qu'il était de 8 aux Pays-Bas. Plusieurs pays comme la Suisse et la Pologne perdu moins de 10 jours pour 1 000 salariés.

Entre 2010 et 2019, c'est Chypre qui a perdu le plus de jours ouvrables en raison de grèves, avec une moyenne annuelle de 275 jours. La France suit le pays insulaire durant cette période avec 128 jours perdus.

Tous les autres pays pour lesquels des données étaient disponibles ont perdu moins de 100 jours en raison de grèves pour 1 000 salariés. Plus de 15 pays comptent moins de 20 jours perdus au cours de cette période, dont 18 jours au Royaume-Uni et 17 jours en Allemagne.

Sur la période 2020-2021, les données manquent pour certains pays. Depuis 2020, la France comptabilise le plus de jours perdus pour cause de grève en moyenne (79 jours), suivi par la Belgique (57 jours), la Norvège (50 jours), le Danemark et la Finlande (tous deux 49 jours).

Comprendre les chiffres :

Pour comparer les données des grèves en Europe, on utilise le nombre de “jours non travaillés pour cause de grève, pour 1000 salariés”.

Pour estimer l’impact d’une grève, on multiplie généralement la durée de la grève (en jours) par le nombre de grévistes, cela donne le "nombre de jours non travaillés pour cause de grève". Ainsi, si la moitié des ouvriers d’une usine de 500 travailleurs fait grève pendant trois jours, on va estimer que l’usine a perdu 750 jours de travail à cause de la grève (500/2*3=750).

Pour permettre une comparaison entre les pays européens, qui ont des populations actives de tailles très variables (sept fois plus importante en France qu’en Suisse par exemple) le nombre a été rapporté à 1 000 salariés. (dans notre exemple, l'entreprise aura perdu 1 500 jours pour 1 000 salariés : 750*1000/500=1500)

Zoom sur la situation en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Espagne

Si l'on se concentre sur les deux dernières décennies, on constate que le nombre de jours perdus pour cause de grève, recensé par l'Institut syndical européen, varie grandement d'année en année en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Espagne.

En France, un pic est atteint en 2010, avec 364 jours perdus pour 1 000 salariés. Il s'agissait des mouvements sociaux contre la précédente réforme des retraite, qui a repoussé l'âge de fin d'emploi de 60 à 62 ans.

En Espagne, les pics se situent en 2004 (304 jours) année marquée par un important mouvement social de l'agriculture et de l'élevage dans la province de Séville, en 2002(365 jours), année de grève générale contre la réforme des allocations de chômage, et en 2000 (295 jours) année durant laquelle il y a eu trois grèves nationales dans les secteurs de la construction, du commerce de détail et de l'administration publique (d'après les travaux de l'université d'Oviedo).

Le Royaume-Uni et l'Allemagne comptabilisent en moyenne moins de jours non travaillés que la France et l'Espagne sur les deux dernières décennies. Le nombre le plus élevé de jours perdus en un an était de 57 au cours de cette période dans ces deux pays.

Les Européens font de moins en moins grève

Comme l'indiquait déjà le graphique ci-dessus pour la France, le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Allemagne, le nombre de jours de travail perdus en raison des grèves est en baisse.

Les données de l'OCDE comparant les années 1990 et 2008-2018 rendent cette tendance très claire. Les nombres moyens de jours de travail perdus en raison de grèves pour 1 000 salariés ont largement diminué sur ces deux périodes dans de nombreux pays.

Les plus importantes chutes du nombre de jours non travaillés pour cause de grève sont en Espagne et en Turquie. En Espagne, ils passent de 309 jours à 76 jours. En Turquie, c'est encore plus marqué, passant de 223 jours à seulement 10 jours.

La baisse est moins importante au Danemark ( de 169 à 105 jours), ce qui suggère que la culture de la grève est encore forte dans ce pays.

La Belgique fait exception à cette tendance. Les jours de travail perdus pour cause de grève sont passés de 31 jours à 98 jours au cours de cette période.

Recul des grèves au Royaume-Uni

La moyenne des jours de travail perdus est passée de 30 à 20 jours entre les années 1990 et 2008-2018 au Royaume-Uni.

Selon l'Office for National Statistics, en 2017, le nombre de travailleurs qui ont fait grève au Royaume-Uni est tombé à son plus bas niveau depuis les années 1890.

Mais les nombreux appels à la grève lancés depuis l'été 2022 dans le pays devraient montrer un changement de tendance. L'Office for National Statistics estime qu'entre juin et novembre, le pays a connu 1 628 000 jours non travaillés pour cause de grève. Une première depuis les années 1990.

Comparabilité internationale des données

Comme le souligne l'OCDE, la comparabilité internationale des données sur les grèves est affectée par des différences de définitions et de mesures. L'ETUI, l'OIT et l'OCDE fournissent tous des informations complètes sur la manière dont leurs données sont collectées et sur ce qu'elles reflètent.