Mouvement des agriculteurs en Inde: les autorités tentent d'étouffer la contestation sur Twitter

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Le gouvernement indien exerce une pression rare sur la plateforme pour que celle-ci ferme des centaines de comptes en lien avec les manifestations des agriculteurs. Mais le réseau américain a tenu tête.

Le gouvernement indien a demandé à Twitter de bloquer 1 400 comptes pour deux raisons : une partie d’entre eux auraient relayé un mot-dièse qui affirme que le Premier ministre Narendra Modi prépare un « génocide des agriculteurs » à travers sa réforme de libéralisation de l’agriculture. Les autres, qui représentent la majorité, auraient des liens avec des militants pakistanais ou indépendantistes.

Les autorités affirment que ces comptes incitent à la violence et peuvent déstabiliser la nation. Elles ont donc demandé au réseau social de les bloquer au nom de la loi sur les technologies de l’information, qui autorise le gouvernement à toute action de censure pour la prévention de tout délit ou crime.

Résistance de Twitter

La société américaine a d’abord agi contre ces comptes mais à sa manière : elle a réduit l’audience de ce mot-dièse, l’empêchant par exemple d’apparaître dans les tendances du jour, suspendu certains comptes ou empêché qu’ils ne soient visibles en Inde. Mais Twitter a refusé pendant des jours de bloquer l’essentiel d’entre eux car la plateforme jugeait que cela allait à l’encontre de la liberté d’expression de ces abonnés et de la loi indienne elle-même.

Le gouvernement a donc sévi et a menacé d’arrêter les employés de Twitter en Inde pour cette désobéissance - un délit passible de 7 ans de prison maximum en Inde. Et Twitter a cédé. Sur les 1 400 comptes incriminés, seuls quelques-uns sont épargnés ; ce sont, entre autres, ceux d’un média critique, The Caravan, et d’un député d’opposition.

Le débat est loin d’être terminé cependant

Le gouvernement indien, tenu par les nationalistes hindous, semble avoir une vision bien moins libérale que Twitter sur la liberté d’expression : il estime généralement que toute critique est potentiellement un acte criminel et sévit de plus en plus.

De nombreux journalistes ont ainsi été arrêtés ces dernières semaines, certains poursuivis pour sédition. New Delhi estime de plus que Twitter est biaisé, et que l'entreprise américaine agit plus rapidement quand il s’agit des violences du Capitole aux États-Unis. Les ministres a donc commencé à promouvoir un concurrent, appelé Koo, fondé et géré en Inde, et qui pourrait donc, espèrent-ils, être plus respectueux de leur conception de la liberté d’expression.