Moutarde, tu me manques

JEFF PACHOUD/AFP

“La moutarde monte au nez” des Français face à la pénurie de ce condiment de Dijon, et le New York Times prévient que, dans le pays de la Révolution, “cela pourrait avoir des effets ravageurs”.

“Privée du condiment qui relève tout bon steak frites, qui donne du piquant à une saucisse grillée, de la profondeur à une vinaigrette et de la richesse à une mayonnaise, la France cherche désespérément, mais tranquillement des solutions de rechange. C’est ainsi que le raifort, le wasabi, la sauce Worcestershire et même des crèmes à base de Roquefort ou d’échalotes se sont portés volontaires pour la remplacer.”

Malheureusement, la moutarde de Dijon est sans équivalent, et dans ce pays qui en consomme annuellement un kilo par habitant, les sauces semblent désormais bien fades.

“À Lyon, il est aussi inconcevable de manger une andouillette sans sa sauce moutarde que de consommer du fromage sans l’accompagner d’un verre de vin.”

La pénurie de moutarde est en grande partie imputable à une sécheresse qui a dévasté les récoltes au Canada, d’où proviennent 80 % des graines brunes utilisées pour le condiment bourguignon. À cela s’ajoutent le Covid et, surtout, la guerre en Ukraine, qui a fait grimper les prix des graines de moutarde jaune, dont la Russie et l’Ukraine sont de grands producteurs, ce qui a eu des répercussions sur l’ensemble du marché des graines de moutarde.

Fierté peu française

Ces explications ne sont pas au goût de nombreux Français. Fausses informations et théories du complot se multiplient donc sur les réseaux sociaux pour clarifier la situation. Carrefour a ainsi dû démentir des rumeurs selon lesquelles l’enseigne stockerait délibérément la moutarde pour faire grimper les prix.

“Pour les Français, qui sont si fiers de leur moutarde, cela a été aussi un choc d’apprendre qu’elle est rarement issue d’une production complètement locale, mais qu’elle est le plus souvent tributaire de chaînes d’approvisionnement multinationales.”

Pour Paul-Olivier Claudepierre, fournisseur de moutardes et de vinaigres entièrement français, c’est donc l’occasion rêvée de relocaliser la production. Mais cela s’annonce compliqué car l’Union européenne interdit l’usage d’un insecticide nécessaire pour lutter contre les invasions d’altise noire, coléoptère grignotant les récoltes. “Pour le moment, la France va semble-t-il devoir apprendre à vivre sans moutarde, une adaptation douloureuse.”

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