"Les mots et les maux de notre temps", la chronique de Teresa Cremisi

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Chaque époque a des mots dont l'usage s'emballe à un moment donné pour des raisons sociales ou politiques. Ils étaient jusque-là sagement rangés à leur place dans les dictionnaires et puis un jour ils sortent de la cage utilitaire. Ils font éclater leur sens premier, enjambent leur cadre sémantique et envahissent les domaines les plus disparates. Leur utilisation se démultiplie dans le langage courant au point de devenir obsédante et ils se mettent à recouvrir des significations aussi variées qu'imprécises. Souvent des adjectifs intimidants les accompagnent et des atours philosophiques les camouflent tout en les valorisant. Bref : ce ne sont plus des mots comme les autres, ils ont acquis une épaisseur différente et deviennent l'exact reflet des problèmes de notre temps.

J'ai choisi trois exemples, bien installés depuis le début des années 2000.

Respect. Voilà un terme tout ce qu'il y a de plus convenable : il suffit de lire les colonnes d'exemples du Grand Littré, de Pascal à Mme de Sévigné et à Balzac, pour reconnaître le parfum de bienséance et de considération que le mot a porté pendant des siècles. Un mot bien élevé qui incitait à une attitude de modestie et de distance devant des êtres ou des institutions établies. Une brutale inversion de sens et d'atmosphère a fait que ce qui compte est désormais le "manque de respect". Le rappel aux égards auxquels on considère avoir droit s'est fait impérieux. Censé apaiser les tensions entre humains, le respect avait sa place dans ...


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