Motion de censure de la Nupes: comment le RN a mis dans l'embarras les députés de gauche

La députée française (RN) Marine Le Pen à l'Assemblée nationale le 18 octobre 2022 à Paris. - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP
La députée française (RN) Marine Le Pen à l'Assemblée nationale le 18 octobre 2022 à Paris. - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

Dans les couloirs de l'Assemblée nationale, la motion de censure de la Nupes contre le gouvernement d'Elisabeth Borne continue de faire parler. Plusieurs membres du PS, parfois non députés, affirment que des élus auraient demandé l'ajout d'une phrase pour éviter à tout prix le vote (surprise) du Rassemblement national. Une demande qui n'aurait pas été suivie d'effets.

Selon François Kalfon, membre du Bureau national du PS, et Jean-Christophe Cambadélis, ancien Premier secrétaire, écrivent même sur les réseaux sociaux que La France insoumise aurait fait retirer une "mention positive" sur l'immigration.

EELV, par un tweet de la présidente de son groupe à l'Assemblée nationale Cyrielle Chatelain, a rapidement démenti, dénonçant "une fake news."

"C'est une invention de Kalfon et Cambadélis"

"C'est une motion identitaire, sur nos marqueurs de gauche: le conflit social et l'écologie", confirme à BFMTV Boris Vallaud, chef du groupe socialiste. "Quand vous rédigez une motion de censure, vous n'écrivez pas un texte de congrès. On a fait une mention de gauche, avec référence au mouvement social", abonde le député communiste Sébastien Jumel, qui rappelle que le RN a souvent voté avec la majorité présidentielle contre les propositions de la Nupes.

Hors-micro, un député socialiste, qui, selon la rumeur, aurait demandé une mention particulière pour repousser les voix du RN, dément.

"Je n'ai jamais dit cela. Personne n'a jamais demandé une mention sur l'immigration (...) C'est une invention de Kalfon et Cambadélis dans le cadre du congrès du PS."

Une députée PS citée pour avoir demandé cette phrase "bouclier" contre le RN "n'était même pas dans les discussions," d'après Boris Vallaud. "Elle a eu comme tous les députés le texte de la motion de censure entre les mains avant de la signer et elle l'a signé sans demander une modification", affirme un de ses collègues.

Plusieurs versions du texte

Du côté de La France insoumise, Manuel Bompard dément. "'Il n'y a jamais eu de mention sur l'immigration, dans aucune des versions discutées", affirme-t-il à BFMTV. Ce que confirme un député PS.

"Il y a eu cinq ou six versions dans le va-et-vient entre nous, comme à chaque fois qu'on écrit un texte commun", explique-t-il, affirmant que le texte "a été plutôt durci sur les affirmations de gauche, notamment par les Verts pour y ajouter des éléments sur l'inertie climatique."

"On a mis beaucoup d'écologie dans la motion, sûrs que le RN ne voterait pas car ils ne votent jamais des textes qui mentionne l'inaction climatique", abonde Marie-Charlotte Garin, députée EELV qui a rédigé le texte.

"Je n'ai jamais entendu quelqu'un qui voulait ajouter quelque chose d'encore plus fort sur le RN et que cela aurait été refusé. Ou alors ça n'est pas arrivé jusqu'à moi", poursuit-elle.

"Je ne veux rien voter avec le RN"

Reste que le vote surprise du Rassemblement national a mis dans l'embarras plusieurs membres de la Nupes. "Quand le RN a annoncé qu’il ferait sa propre motion… On ne s’est pas méfié. Il faut en tirer les leçons pour l’avenir", prévient un parlementaire PS, estimant que les députés de gauche "auraient dû être plus prudents."

"Ça me met en colère de dire qu’on soit à deux doigts de faire tomber le gouvernement avec l’extrême droite.. On s’est fait avoir par le RN. Moi je ne veux rien voter avec le RN", poursuit-il.

Lors du vote lundi, un député EELV, Jérémie Iordanoff a même décidé de finalement s'abstenir. "C'est avec une certaine gravité et en conscience que je refuse de mêler ma voix à celles du Rassemblement national", a-t-il justifié.

"On n'avait aucun intérêt" à ce que le RN vote

De l'autre côté de l'hémicycle, sur les bancs de l'extrême-droite, on ne croit pas à un coup des insoumis. "Si la motion a été rédigée de manière plus édulcorée que ce qu'on aurait imaginé, c'était sans doute plutôt pour s'adresser à LR et LIOT qu'à nous", confie une source au sein du groupe Rassemblement national.

"On n'avait aucun intérêt qu’ils (le RN) la votent avec nous puisqu’on savait qu’elle ne passerait pas. C’est terrible, on se retrouve au milieu des guéguerres des socialistes et Macron récupère le truc", déplore un insoumis. Alléger le texte de la motion de censure? "On ne s'est pas posée cette question", lance-t-il, "car ils ont dit qu'ils ne la voteraient pas."

"Cette motion de censure n’est pas censée être dirigée contre le RN mais contre le gouvernement et son Projet de loi de finances", conclut une députée LFI.

"On ne va pas ligoter des gens pour pas qu’ils votent pas des choses. On voulait faire une motion axée sur la démocratie avant tout", explique-t-elle.

Le RN a donc réussi un "coup" en mettant dans l'embarras plusieurs membres de la Nupes, mais un vote de l'extrême droite sur une motion de censure de gauche n'est pas une première. Le Front national a déjà voté une motion de censure déposée par le PS... en 1986.

Article original publié sur BFMTV.com