Motion de censure: un coup de bluff en forme de tactique pour la gauche

Mathilde Panot le 6 juillet 2022 à l'Assemblée nationale  - BERTRAND GUAY / AFP
Mathilde Panot le 6 juillet 2022 à l'Assemblée nationale - BERTRAND GUAY / AFP

Sans grande chance de succès mais porteuse politiquement. La possibilité de faire voter la motion de censure ce lundi après midi, a beau être proche de zéro, elle permet à l'union de la gauche, avec la France insoumise à l'avant-poste, de marquer des points.

Déposée mercredi dernier, avant le discours de politique générale de la Première ministre qui n'a pas sollicité la confiance des députés, ce dispositif, cité par l'article 49 de la Constitution, est le principal moyen pour les parlementaires de faire entendre leur désapprobation vis-à-vis de l'exécutif.

Un test pour l'union de la gauche

Si 289 députés votent en sa faveur, soit la majorité absolue de l'Assemblée nationale, elle provoque dans la foulée la démission d'Élisabeth Borne et de son gouvernement. L'hypothèse semble cependant hautement improbable. La Nupes compte 133 sièges et devrait donc, pour obtenir ce résultat, parvenir à convaincre une partie des 89 députés RN tout comme les 64 élus LR. La droite et le groupe de Marine Le Pen ont déjà fermé la porte à cette option.

La manœuvre a d'ailleurs pris des allures de tout premier test pour l'intergroupe de la Nupes. Malgré les réticences du patron du parti communiste et de certains socialistes à l'instar de Valérie Rabault qui se questionnait sur l'utilité de ce texte, toute la gauche est parvenue à se mettre d'accord pour déposer de façon collective ce texte.

La méthode de la France insoumise qui avait annoncé, sans concertation avec ses partenaires, son intention de lancer sa motion de censure le 20 juin dernier a pourtant déplu. En guise de geste d'apaisement, Mathilde Panot, la présidente du groupe des insoumis a accepté un texte relativement consensuel, sans grande couleur politique.

Premier opposant

Le texte aura cependant le mérite de marquer des points en permettant à l'union de la gauche de pouvoir se présenter comme le premier opposant au gouvernement. La France insoumise a 72 élus dans l'hémicycle soit 27 de moins que le groupe RN. Preuve qu'il y a d'ailleurs urgence à reprendre la main pour le parti de Jean-Luc Mélenchon: les Français considèrent désormais que Marine Le Pen incarne le mieux l'opposition à Emmanuel Macron (43%) devant son mouvement (31%), d'après le dernier sondage Elabe pour BFMTV, L'Express et SFR.

Cette motion de censure permet également de renvoyer la cheffe du gouvernement à ses responsabilités, elle qui a choisi de ne pas se soumettre au vote de confiance mercredi dernier. Si rien ne l'obligeait à solliciter le vote de confiance, la tradition veut plutôt que le locataire de Matignon s'y soumette.

Pousser les autres partis à se positionner

Seuls Michel Rocard, Édith Cresson et Pierre Bérégovoy, entre 1988 et 1993, n'avaient pas sollicité de vote de confiance en raison d'une majorité fragile. Mathilde Panot a d'ailleurs fait passer le message sur son compte Twitter, accusant Élisabeth Borne de "maltraiter la démocratie" et expliquant vouloir la faire "venir de force" devant le Parlement.

Le dépôt de ce texte contraint également les oppositions à prendre parti. Alors que Marine Le Pen veut profiter de ses 89 députés pour se notabiliser et tenter de montrer le visage d'un parti de gouvernement, elle a dénoncé une motion de censure qui "veut faire sauter la 5ème République" sur RTL la semaine dernière. Le député RN Julien Odoul, y a vu, lui "une motion d'imposture et de bouffonerie" sur BFMTV ce dimanche.

"On ne se prêtera pas à ce jeu", a avancé de son côté le patron du groupe LR, y voyant une démarche "puérile" et "totalement inutile" sur LCI la semaine dernière.

Article original publié sur BFMTV.com

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