Le mot "islamophobie" est "hypocrite" selon le linguiste Alain Rey

Astrid de Villaines
Mosquée

SOCIÉTÉ -  Avant même de pouvoir compter les participants, la “manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre a fait un flop. Car une grande partie des signataires politiques de l’appel publié dans Libération le 1er novembre ont finalement changé leur fusil d’épaules. Il y a eu l’argument “signer un appel à manifester ne veut pas dire d’aller manifester”, il y a eu “je ne veux pas défiler à côté de certains organisateurs” et il y a eu “le mot ‘islamophobie’ me pose problème”.

Cela fait des années que le terme suscite la polémique et est sans cesse renvoyé à la figure de deux camps distincts. Ceux qui pensent qu’il empêche toute critique de l’Islam comme religion à des fins politiques et ceux qui jugent qu’il permet de nommer et dénoncer la haine contre les musulmans. Pour prendre de la hauteur et en revenir à la sémantique, le linguiste Alain Rey, 91 ans, livre au HuffPost son analyse. 

Le spécialiste de la langue française estime que le mot est “vide de sens”. Il déplore que, de part et d’autre, il soit utilisé à des fins “politiques” et aimerait voir le mot “islamophilie” utilisé plus souvent. Conversation.


Le HuffPost: Que signifie le mot islamophobie ?

Alain Rey: C’est toujours très difficile de donner un sens précis à ce genre de mot qui terminent en “phobie”. Ça vient du grec. D’abord, ça s’est employé chez les médecins ou les psychiatres pour désigner une peur maladive du domaine de l’affectif qui l’emporte sur le rationnel. Tous les mots en “phobie” sont à envisager et à discuter parce qu’ils entraînent des réactions politiques ou sociales en fonction du point de vue où on se place. Quant à “Islam”, c’est le nom d’une religion. Donc l’islamophobie devrait être la peur panique et donc la haine d’une religion qu’est l’Islam. Si on en était resté à ça, il n’y aurait pas de discussion, car ça voudrait dire que c’est une haine hostile envers les musulmans. 

Pourquoi n’en est-on pas resté là comme vous dites?

Vous avez des “islamophobes” qui sont des défenseurs...

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