Irak: la coalition probablement impliquée dans la mort de civils à Mossoul

Ahmed MOUSA
1 / 4
Des enfants irakiens observent des membres des forces de sécurité à Mossoul le 27 mars 2017

Mossoul (Irak) (AFP) - La coalition internationale menée par les États-Unis a reconnu mardi sa possible implication dans la mort de nombreux civils à Mossoul, l'ONU et Amnesty appelant à de plus grands efforts pour protéger les habitants de cette deuxième ville d'Irak.

Selon l'ONU, plus de 300 civils ont péri dans la partie occidentale de Mossoul depuis le lancement à la mi-février par les troupes gouvernementales soutenues par la coalition, d'une offensive pour déloger les jihadistes du groupe État islamique (EI).

Ce chiffre concerne la période s'arrêtant au 22 mars, a précisé l'ONU sans pouvoir dire combien de personnes ont été tuées par l'EI, et combien l'ont été par les forces irakiennes et la coalition. Mais le bilan pourrait s'alourdir en raison de rapports -pas encore vérifiés- sur au moins 95 civils tués entre le 23 et 26 mars, selon le Haut-Commissariat aux droits de l'Homme.

Le général américain Stephen Townsend, qui commande à Bagdad les forces de la coalition anti-EI, a reconnu que la coalition avait "probablement joué un rôle" dans la mort de nombreux civils dans un bombardement aérien à Mossoul le 17 mars.

"Un général a été nommé" pour enquêter. "Si des innocents ont été tués, il s'agit d'un accident de guerre involontaire", a-t-il dit.

Pris au piège entre les combats et les jihadistes, environ 600.000 personnes selon l'ONU se trouvent dans la partie ouest de Mossoul, dont 400.000 dans la vieille ville, un dédale de rues densément peuplées.

Samedi, des responsables irakiens ont affirmé que des frappes contre l'EI avaient tué auparavant de nombreux civils dans le quartier de Mossoul al-Jadida à Mossoul-Ouest. Le nombre de victimes -entre des dizaines et des centaines selon les sources- ne peut être vérifié de source indépendante.

Cette potentielle bavure a déclenché l'ouverture d'enquêtes par les autorités irakiennes et la coalition.

- "Attaques disproportionnées" -

L'aviation irakienne et celle de la coalition procèdent régulièrement à des bombardements dans la partie orientale de Mossoul pour appuyer les troupes au sol qui tentent depuis le 19 février d'en chasser les jihadistes.

Une reconquête de Mossoul-Ouest permettra aux forces gouvernementales de contrôler totalement cette métropole septentrionale, dernier grand bastion de l'EI en Irak. Elles avaient défait fin janvier les jihadistes dans la partie orientale.

Les troupes irakiennes combattent actuellement aux abords de la Vieille ville, mais font face à une farouche résistance des jihadistes.

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a appelé la coalition à "revoir urgemment ses tactiques afin de garantir que l'impact sur les civils soit réduit au minimum".

La mort de civils lors de raids ou de combats au sol "soulève de graves questions quant à la légalité de ces attaques", a estimé de son côté l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International.

"Le nombre élevé de victimes civiles laisse à penser que les forces de la coalition n'ont pas pris les précautions nécessaires pour épargner les civils, en violation flagrante du droit international humanitaire", a dit dans un communiqué Donatella Rovera, conseillère sur les situations de crise à Amnesty, en appelant à éviter "des attaques disproportionnées".

- "Boucliers humains" -

Toute en dénonçant l'utilisation par les jihadistes "des civils comme boucliers humains", Amnesty reproche au gouvernement irakien d'avoir "recommandé" aux civils de rester chez eux malgré le risque d'être touchés par des bombardements.

"Des victimes et des témoins habitant l'Est de Mossoul ont expliqué qu?ils n'ont pas tenté de fuir face à la progression des combats, car les autorités irakiennes leur avaient donné à plusieurs reprises pour instructions de rester chez eux", ajoute l'ONG.

Irak: lLe gouvernement irakien n'était pas joignable dans l'immédiat pour réagir à ces allégations.

Depuis le 19 février, plus de 200.000 civils ont fui les combats à Mossoul-Ouest, selon des chiffres officiels irakiens.

C'est le 17 octobre 2016 que les troupes irakiennes aidées de la coalition ont lancé l'offensive pour reprendre Mossoul, dont la perte infligerait un coup très dur à l'EI, responsable d'atrocités dans les zones conquises en Irak et en Syrie voisine, mais également d'attentats sur d'autres continents.

L'EI s'était emparé de Mossoul en juin 2014 lors d'une offensive éclair qui lui avait permis de contrôler de vastes territoires en Syrie et en Irak. Il en a depuis perdu une grande partie.

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages