Mosquée de Strasbourg: le gouvernement introduit une mesure nouvelle dans la loi "séparatisme"

JP
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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin - Thomas COEX © 2019 AFP
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin - Thomas COEX © 2019 AFP

Le Sénat, dominé par l'opposition de droite, a donné un large feu vert ce jeudi à un dispositif nouveau introduit par le gouvernement dans le projet de loi sur le séparatisme, inspiré de l'affaire de la subvention de la mairie de Strasbourg pour la construction d'une mosquée.

Cet amendement, qui a donné lieu à de longues discussions, y compris après son adoption, prévoit d'instaurer une obligation d'information du préfet trois mois au préalable, avant toute subvention publique pour la construction d'un lieu de culte.

"Éviter les ingérences étrangères"

"Il permet de garantir aux collectivités un accompagnement net, clair, précis, de l'État", a souligné le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Il "permet également d'éviter les ingérences étrangères et le financement des associations séparatistes", a souligné le ministère dans un communiqué.

"Nous considérons que c'est une sécurité pour les collectivités locales", a affirmé le sénateur LR de la Meuse Gérard Longuet. "C'est une façon d'être protégées pour la décision qu'elles auront à prendre".

"Cet amendement a été rédigé à la suite du vote de la subvention de la grande mosquée de Strasbourg par la municipalité verte", a confirmé l'entourage du ministre à l'Agence France-Presse, alors que des sénateurs ne se sont pas privés de relever le lien avec l'actualité.

"Cet amendement est apparu il y a deux jours, c'est étonnant. (...) Je ne pense pas que ce soit le Saint-Esprit, s'il existe, qui vous ait inspiré cet amendement", a notamment relevé le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur (Loiret).

Allusion au couac d'Ankara

L'actualité "nous oblige à réagir", a pour sa part estimé Valérie Boyer, évoquant la mosquée de Strasbourg, mais aussi le couac protocolaire lors de la visite mercredi à Ankara de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

L'État est engagé dans un bras de fer avec la mairie écologiste de Strasbourg après un vote controversé sur le "principe" d'une subvention municipale de plus de 2,5 millions d'euros destinée au chantier d'une mosquée de la Confédération islamique Millî Görüs, une association d'origine turque.

"Il est important que la République puisse se protéger face à l'ignorance ou 'trois petits points'", a déclaré le ministre, sans préciser davantage sa pensée. Mais il évoquera quelques minutes plus tard des "actes quasi antipatriotiques".

"Écolo-bashing"

Dans un échange tendu avec l'écologiste Esther Benbassa, Gérald Darmanin a dénoncé comme "contre-vérité flagrante (le fait) de dire que la maire de Strasbourg n'a pas été informée". "Je l'ai fait personnellement", a-t-il ajouté.

"On a fait de ça une histoire parce que la mode est à l'écolo-bashing", a de son côté affirmé la sénatrice de Paris, tandis que son collègue Jacques Fernique appelait à "terminer cette affaire là dans le calme et la sérénité".

L'amendement a été adopté à main levée. Le groupe PS s'est abstenu, jugeant "tout cela confus", de même que le groupe écologiste. Le Sénat a ensuite adopté un autre amendement du gouvernement autorisant le financement public de travaux visant à permettre l'accès de bâtiments cultuels aux personnes à mobilité réduite.

Article original publié sur BFMTV.com