Moscou et Damas accusent le HCN de chercher à saboter Genève IV

par John Irish et Yara Abi Nader
Au lendemain d'une rencontre avec ses représentants, la Russie a accusé jeudi le principal groupe de l'opposition syrienne participant à la conférence de Genève de chercher à saboter le processus. /Photo prise le 27 février 2017/REUTERS/Denis Balibouse

par John Irish et Yara Abi Nader

GENEVE (Reuters) - Au lendemain d'une rencontre avec ses représentants, la Russie a accusé jeudi le principal groupe de l'opposition syrienne participant à la conférence de Genève de chercher à saboter le processus.

Bachar al Djaafari, le chef de la délégation du gouvernement syrien, a lui aussi accusé le Haut comité pour les négociations (HCN), constitué avec le soutien de l'Arabie saoudite, de retenir les discussions de paix en otage et lui a imputé par avance la responsabilité d'un échec.

"Nous ne devons pas tolérer que la plate-forme de Ryad prenne les pourparlers de paix de Genève en otage", a-t-il dit à l'issue d'un entretien avec Staffan de Mistura, l'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie qui mène la conférence depuis une semaine.

"L'opposition de Ryad sera tenue responsable de l'échec", a-t-il poursuivi devant la presse.

Des délégués du ministère russe des Affaires étrangères et du Haut comité pour les négociations, qui regroupe une grande partie des opposants au régime de Bachar al Assad, se sont vus mercredi à Genève pour tenter de faire bouger les lignes.

L'opposition syrienne, soutenue par les Occidentaux et des Etats arabes, espérait notamment obtenir des Russes qu'ils accentuent la pression sur les représentants de Damas, que Moscou appuie politiquement et militairement.

"Malheureusement, nous observons sur la base des résultats des tout premiers jours que ces pourparlers soulèvent une nouvelle fois des questions sur l'aptitude des représentants de l'opposition syrienne à conclure un accord", a déclaré la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères lors de son point de presse jeudi à Moscou.

"Le prétendu Haut comité pour les négociations refuse de coopérer sur un pied d'égalité avec les plate-formes de Moscou et du Caire (ndlr, deux groupes plus restreints de l'opposition qui ont les faveurs de la Russie) et il sabote dans les faits un dialogue véritable", a poursuivi Maria Zakharova.

TRANSITION POLITIQUE ET LUTTE CONTRE LE TERRORISME

Devant les journalistes présents à Genève, Nasser al Hariri, négociateur en chef du HCN, avait déclaré mercredi que sa rencontre avec Guennadi Gatilov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, avait été positive et qu'elle avait permis des échanges francs sur une série de questions allant du fragile cessez-le-feu en vigueur depuis le 30 décembre à la transition politique et à la lutte contre le terrorisme.

Un diplomate occidental de haut rang a rapporté qu'une partie de l'opposition syrienne était "extrêmement déçue" par la teneur des discussions avec les Russes.

L'opposante Bassma Kodmani a jugé pour sa part que les perspectives de progrès étaient "très faibles".

"Nous sommes convaincus qu'il n'y a pas de solution militaire, nous allons sur une solution politique. Mais il n'y pas de perspective comme vous pouvez le constater à la fin de cette deuxième semaine ou de dix jours de discussions ici à Genève", a dit cette négociatrice du HCN.

Par "transition politique", l'opposition se réfère au départ d'Assad. Les opposants déclaraient mercredi, après avoir écouté Staffan de Mistura, qu'ils avaient la conviction que la Russie avait persuadé les délégués de Damas de la nécessité d'inscrire cette transition à l'ordre du jour des discussions.

La conférence de Genève IV, qui s'est ouverte le 23 février, se fonde sur la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Ce texte, adopté à l'unanimité en décembre 2015, encadre un processus de transition politique en Syrie avec mise en place 1. d'une "gouvernance crédible, inclusive et non sectaire", 2. élaboration d'une nouvelle constitution avant la tenue 3. d'élections "libres et régulières".

De Mistura souhaite que ces trois points fassent l'objet de trois thèmes distincts de discussions.

Damas a accepté d'étudier ces trois thèmes mais a demandé de leur adjoindre un quatrième sur le "terrorisme", a dit Djaafari. L'opposition est réticente. Elle redoute que la délégation de Damas exploite ce quatrième point pour gagner du temps et bloquer les négociations.

"Nous avons entendu que la plate-forme de Ryad refusait l'intégration du contre-terrorisme. Cela ne nous a pas surpris attendu que certains membres de la délégation de Ryad sont membres de groupes terroristes armés", a répliqué le négociateur en chef d'Assad.

PROCESSUS PARALLÈLE À ASTANA

Parallèlement, la Russie a fait savoir par la voix de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères qu'elle était déterminée à poursuivre les discussions au Kazakhstan.

Depuis la fin de la bataille d'Alep, en décembre dernier, la Russie, avec la Turquie et l'Iran, a organisé à deux reprises des conférences à Astana, la capitale kazakhe, pour discuter de la consolidation du cessez-le-feu du 30 décembre. Une troisième rencontre est programmée le 14 mars.

Sommairement, le processus d'Astana est censé porter sur la cessation des hostilités et les questions militaires quand le processus de Genève porte sur la négociation d'une solution politique au conflit.

Mais Maria Zakharova a précisé que Moscou était prête à intégrer aux discussions d'Astana des groupes de l'opposition syrienne qui se comporteraient de manière constructive.

"La Russie y voit une occasion de gérer la piste politique différemment", commente un diplomate occidental.

(avec Tom Miles et Stephanie Nebehay à Genève et Denis Pinchuk à Moscou; Henri-Pierre André pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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