Mort de Vittorio Taviani, aîné de la fratrie de cinéastes italiens et Palme d'Or pour "Padre Padrone"

La Rédaction
Le cinéaste italien Vittorio Taviani est décédé ce dimanche 15 avril à Rome, à l'âge de 88 ans. Avec son frère Paolo, il a réalisé l'une des oeuvres les plus singulières et radicales du cinéma italien, récompensée d'une Palme d'Or en 1977.

Le réalisateur italien Vittorio Taviani est décédé ce dimanche 15 avril 2018, à Rome. Il avait 86 ans. Frère aîné de Paolo Taviani, il a toute sa vie durant travaillé avec son cadet (de deux ans) à une oeuvre exigeante d'inspiration classique mais en prise directe avec la réalité. Palme d'Or en 1977 pour le rugueux Padre Padrone, il a également décroché l'Ours d'Or pour César doit mourir en 2012.

Après avoir suivi des cours d'Art à L'Université de Pise, les frères Taviani se tournent vers le cinéma, après la découverte en salle du drame néo-réaliste Paisa de Roberto Rossellini. En 1954, ils réalisent le premier de leur sept documentaires: San Miniato, luglio '44, qui narre le massacre de la population de leur village natal par les nazis. Mais la censure veille: il est interdit dès 1955. Un homme a brûler est leur première oeuvre de fiction et leur premier long métrage.

Padre Padrone

Observateurs acerbes et aigus des transformations qui bouleversent et façonnent la société italienne, les frères Taviani mêlent intimement dans leur filmographie l'Histoire, analyse psychologique et lyrisme. Avec Les Hors-la-loi du mariage, dont Ugo Tognazzi et Annie Girardot partagent l'affiche, ils signent une comédie douce-amère sur le thème du divorce. L'année suivante, ils utilisent le Fantastique comme métaphore du contexte tumultueux de l'année 1968 dans le monde, avec Sous le signe du scorpion. Ce n'est toutefois qu'en 1974, avec Allonsanfan, évocation de l'Italie post-Napoléonienne et de l'échec des troubles révolutionnaires qui éclatèrent, qu'ils obtiennent leur premier grand succès international. En 1977, ils se penchent sur la rude destinée d'un enfant sarde élevé par un père berger de son état et d'une rare brutalité: l'histoire de Padre Padrone, bien que soulevant de vives critiques, bouleverse le Jury cannois qui lui décerne la Palme d'or. Ils continuent d'explorer le thème de la guerre sous le prisme de l'enfance avec La Nuit de San Lorenzo (1982; Grand Prix spécial du Jury à Cannes).

Expérience américaine

En 1987, ils quittent brièvement la péninsule italienne pour planter leurs caméras aux Etats-Unis avec Good Morning Babylon, peinture satirique et pleine de verve du monde hollywoodien du temps de Griffith. Grands admirateurs de l'auteur italien de roman picaresque Luigi Pirandello, ils adaptent plusieurs de ses récits dans le dyptique Kaos /Kaos II. Après un détour par le documentaire avec Un Altro mondo e possibile, soulignant les ravages de la mondialisation, les frères Taviani reviennent à la fiction avec Le Mas des alouettes, leur seizième long métrage. Dans les années 2010, les frères Taviani renouent avec la poésie en adaptant le poète classique Boccace (Contes italiens) et se lancent dans l'expérimental César doit mourir, qui les voient poser leur caméra dans une prison de haute sécurité le temps d'une représentation de "Jules César" de Shakespeare. Un coup de génie salué par la critique et récompensé d'un Ours d'Or à Berlin, le film s'impose instantanément comme l'un des sommets de la carrière des Taviani.

La bande-annonce de "César doit mourir" :