Mort de Morgan Keane: prison avec sursis pour les deux chasseurs

Le chasseur qui a tué Morgan Keane en 2020 dans le Lot et, fait plus rare, celui qui dirigeait la battue au sanglier ont écopé jeudi de peines de prison avec sursis et d'interdiction de chasse, ce qui a partiellement satisfait les proches du Franco-Britannique, mort en 2020 alors qu'il coupait du bois chez lui.

Le tribunal correctionnel de Cahors a condamné le tireur à deux ans de prison avec sursis et à une interdiction de chasser à vie. Il a également reconnu coupable d'homicide involontaire le directeur de la battue, au cours de laquelle l'accident de chasse s'était produit. Ce dernier est condamné à 18 mois de prison avec sursis et 5 ans de retrait du permis de chasse.

Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur sur la durée des peines, mais n'a pas prononcé de prison ferme, alors que le ministère public avait requis à l'audience, le 17 novembre dernier, un emprisonnement de six mois. Le procureur avait également requis un retrait définitif du permis de chasse pour les deux prévenus.

Pour l'avocat du frère de Morgan Keane, la condamnation du directeur de battue "est une avancée. C'est très rarement le cas que le directeur de battue soit poursuivi, ou alors il est relaxé. Là, il est reconnu coupable et condamné directement à 18 mois. C'est un message fort pour responsabiliser tous les directeurs de battue" car "la chasse en battue est un acte collectif".

"Nous sommes plutôt satisfaites du retrait à vie du permis de chasse" du tireur mais "pas du tout contentes pour ce qui concerne le directeur de battue", dont l'interdiction de chasser n'est pas définitive, a déclaré de son côté Zoé Monchecourt, du collectif Un jour un chasseur, créé dans le Lot par des proches de Morgan Keane pour faire évoluer la législation sur la chasse.

- "Crime de chasse" -

"La justice a bien fait son travail", dans la limite de ce que la législation en vigueur permet, a encore affirmé Me Coussy. "Maintenant, le législateur doit faire son travail et créer un +crime de chasse+" spécifique qui pourrait permettre davantage de sévérité dans ce genre d'affaires, a-t-il ajouté.

"Le message qui est envoyé (par la justice, ndlr), c'est que si vous tuez quelqu'un, il n'y a absolument pas de conséquence", a réagi, émue, Peggy, une amie de Morgan Keane, considérant la peine de sursis dérisoire.

Le président de la Fédération de chasseurs du Lot, Michel Bouscary, a estimé quant à lui que le jugement "nous conforte par rapport à ce que nous mettons en place en matière de sécurité".

D'autre part, "nous sommes satisfaits d’avoir été acceptés en tant que partie civile. C'était l'image de la chasse qui était entachée", a-t-il encore dit.

Interrogée par l'AFP, l'avocate de l'auteur du tir, Julien Féral, a refusé de commenter la décision.

- Pris pour un sanglier -

Le 2 décembre 2020, Morgan Keane, 25 ans, était en train de couper du bois sur un terrain lui appartenant, près du village de Calvignac, quand il a été atteint par une balle tirée par un chasseur qui l'avait pris pour un sanglier.

A l'audience, le chasseur de 35 ans, "désolé" de son geste, avait reconnu ne pas avoir "bien identifié la cible" avant de tirer.

L'enquête a mis en évidence qu'il ne connaissait pas les lieux, qu'il avait été posté à un endroit mal choisi sans avoir reçu les consignes de sécurité nécessaires, et que plusieurs irrégularités avaient été relevées dans le déroulement de la battue.

La mort de Morgan Keane est devenue emblématique des difficultés de cohabitation entre les chasseurs et d'autres ruraux, souvent opposés à cette pratique.

Le gouvernement a annoncé lundi le renforcement de la formation à la chasse et un délit d'alcoolémie, mais pas de journée sans chasse, comme le lui demandaient plusieurs associations ou collectifs, dont Un jour un chasseur.

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