Mort de Linda de Suza : l’histoire de « La valise en carton »

La chanteuse franco-portugaise Linda de Suza sur la scène de l’Olympia le 22 janvier 1983 à Paris.
PHILIPPE WOJAZER / AFP La chanteuse franco-portugaise Linda de Suza sur la scène de l’Olympia le 22 janvier 1983 à Paris.

LIVRE - La chanteuse portugaise de variétés Linda de Suza, décédée à 74 ans ce mercredi 28 décembre à l’hôpital où elle avait été transférée « pour insuffisance respiratoire et positive au Covid-19 », possédait un don pour narrer sa vie, un conte de fées moderne dont elle avait tiré un livre, La valise en carton.

En 1984, la jeune femme crève l’écran dans l’émission Champs-Élysées, en racontant à Michel Drucker comment elle a clandestinement franchi la frontière franco-espagnole à pied en 1969, son petit garçon João sous le bras, avec pour seul bagage une valise en carton, pour fuir « une famille tyrannique » dans le très conservateur Portugal de Salazar, où les filles-mères comme elle n’étaient pas tolérées.

« Le livre de la chanteuse passée chez Drucker »

Déjà populaire avant l’émission, Linda de Suza, de son vrai nom Teolinda Joaquina de Sousa Lança, née le 22 février 1948 à Beringel, au sud du Portugal, change de dimension. Dès le lendemain, les téléspectateurs bouleversés se précipitent chez leur libraire pour réclamer « le livre de la chanteuse qui est passée chez Drucker ». Et les ventes de son autobiographie sortie en 1984 aux éditions France Loisirs explosent : deux millions d’exemplaires.

Elle y écrit comme elle parle, un style sincère et extatique, sans épargner aucun détail au lecteur. Son enfance où elle s’occupe de ses sept frères et sœurs, sous l’autorité d’un père alcoolique et d’une mère malveillante. Puis le pensionnat, la rencontre à 16 ans avec le père de son enfant, qu’elle refusera d’épouser, et l’exode à la fin des années 1960. « Mes copines avaient reçu l’interdiction de me parler. J’étais la honte du hameau… ».

En France, c’est le bidonville d’Ivry-sur-Seine, le travail dans une conserverie du Kremlin-Bicêtre, puis comme femme de chambre à Paris. En échange d’« un bol de soupe », si l’on en croit la légende, elle chante Chez Louisette, un bistrot des puces de Saint-Ouen, où elle reprend Amalia Rodrigues, reine du fado. « Un jour, un compositeur passe par là et séduit par ma voix, me fait enregistrer une chanson intitulée Le Portugais », raconte-t-elle.

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Entre variété française et chansons sentimentales portugaises, elle vendra, essentiellement en France, des millions de disques à partir de 1978 et tout au long de sa carrière, conduite par son producteur, Claude Carrère, le pygmalion de Sheila. Sa recette : des rengaines entêtantes - comme le refrain reggae de Tiroli Tirola - et des textes où elle s’identifie à son public : « Comme vous, j’ai ma vie, j’ai mes joies et mes peines. Et de petits soucis, moi aussi, comme vous. »

Tube, comédie musicale et série télé

Elle remplit l’Olympia pour deux séries de concerts en 1983 et 1984, puis enchaîne les émissions pour promouvoir son autobiographie. Les fans affectionnent son sens de la formule, elle qui répète à l’envi être passée « de l’aspirateur au micro » ou « de femme de chambre à femme du monde ».

En 1986, La valise en carton devient un single et aussi une comédie musicale en deux actes avec Linda de Suza, bien sûr, et Jean-Pierre Cassel, le tout sous la houlette de Maritie et Gilbert Carpentier. Mais malgré une intense campagne de presse, le Casino de Paris sonne vide. La chanteuse multiplie les malaises pour surmenage, qui contraignent le producteur Jean-Claude Camus, furieux, à mettre fin aux représentations.

Sa famille l’accuse parallèlement d’avoir volontairement noirci sa vie. Première traversée du désert.

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C’est Michel Drucker, encore lui, qui lui redonne sa chance en 1988 et l’invite à défendre un nouveau disque et son dernier livre, Je vide ma valise, où elle critique l’industrie du spectacle.

La même année, sa vie est à nouveau adaptée, avec succès, dans un feuilleton télévisé en six épisodes réalisé par Michel Wyn et diffusé d’avril à mai sur Antenne 2. La série a aussi été diffusée au Portugal, sous le titre A Mala de Cartão, sur la chaîne du service public RTP.

Mais le public la boude et n’achète plus ses disques. « Il n’y a plus un franc dans ma valise en carton ! », révèle-t-elle en 1997. « Tout le monde m’a dépouillée… ». Jusqu’à la fin de sa vie, elle assurera avoir été victime d’escroqueries, d’usurpations d’identité et d’erreurs administratives.

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