Mort de l'ancien vice-Premier ministre nord-irlandais McGuinness

par Ian Graham
Martin McGuinness (photo), qui avait démissionné en janvier dernier de son poste de vice-Premier ministre du gouvernement d'Irlande du Nord pour des raisons de santé, est mort mardi à l'âge de 66 ans. /Photo d'archives/REUTERS/David Moir

par Ian Graham

BELFAST (Reuters) - Martin McGuinness, qui avait démissionné en janvier dernier de son poste de vice-Premier ministre du gouvernement d'Irlande du Nord pour des raisons de santé, est mort mardi à l'âge de 66 ans, a annoncé son parti, le Sinn Féin.

Ancien commandant de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), Martin McGuinness avait abandonné la lutte armée et joué un rôle clé dans le processus de paix avant d'occuper le poste de vice-Premier ministre pendant une décennie en tant que représentant du parti nationaliste irlandais.

"Tout au long de sa vie, Martin a fait preuve d'une grande détermination, de dignité et d'humilité et il en fut de même durant sa brève maladie", a déclaré le président du Sinn Féin Gerry Adams dans un communiqué.

"(Martin) était un républicain passionné qui a oeuvré sans relâche pour la paix et la réconciliation et pour la réunification de son pays. Mais avant tout, il aimait sa famille et le peuple de Derry et il était immensément fier des deux."

La Première ministre britannique Theresa May a salué le rôle de Martin McGuinness comme faiseur de paix.

"Même si je ne pourrai jamais cautionner la voie qu'il a choisie dans la première partie de sa vie, Martin McGuinness a joué finalement un rôle décisif pour écarter le mouvement républicain du chemin de la violence", a-t-elle dit.

"En faisant cela, il a apporté une contribution essentielle et historique à l'extraordinaire cheminement de l'Irlande du Nord vers la paix", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

John Major, qui occupait le 10, Downing Street lors de l'instauration d'un cessez-le-feu par l'Ira, en 1994, a lui aussi déploré l'engagement de Martin McGuinness dans le mouvement armé nord-irlandais tout en saluant son rôle dans les décisions qui ont ensuite permis de sauver de nombreuses vies.

"Quand il nous a contactés, exprimant clairement sa volonté de contribuer à un processus de paux, il a pris un risque. Beaucoup de députés se sont opposés à ce que je faisais, mais il a dû faire face à une opposition bien plus violente", a souligné John Major à la chaîne de télévision Sky News.

Le président irlandais, Michael D. Higgins, lui a également rendu hommage. "Sa mort laisse un vide qu'il sera difficile de combler. Puisse-t-il reposer en paix", a-t-il dit.

NÉGOCIATEUR DES ACCORDS DU "VENDREDI SAINT"

Né le 23 mai 1950 à Londonderry dans une famille catholique, Martin McGuinness abandonne à vingt ans son apprentissage comme boucher pour rejoindre les rangs de l'IRA et combattre l'emprise britannique sur l'Irlande du Nord.

Il admettra plus tard avoir été le numéro deux du groupe armé républicain au moment du "Bloody Sunday" en 1972 à Londonderry, quand les troupes britanniques abattent 14 manifestants non armés, l'un des moments les plus dramatiques de ce qu'on qualifie de "troubles" dans la province.

Le conflit en Irlande du Nord a fait 3.600 morts en trente ans jusqu'à l'Accord du Vendredi Saint conclu en 1998.

Dans les années 1980, Martin McGuinness émerge au côté de Gerry Adams comme l'un des architectes de la montée en puissance électorale du Sinn Féin, branche politique de l'IRA, et devient le négociateur du parti nationaliste lors des tractations qui conduiront à la paix.

Son entente, à partir de 2007 à la tête de l'exécutif autonome, avec son ancien ennemi juré, le pasteur protestant Ian Paisley, décédé en 2014, ainsi que sa poignée de mains avec la reine Elizabeth en 2012 resteront des moments forts du processus de réconciliation.

Au moment de sa démission le 19 janvier, il avait expliqué que des raisons de santé et la crise politique déclenchée par un projet de subvention en faveur d'énergies renouvelables avaient précipité sa décision de quitter ses fonctions, auxquelles il comptait initialement mettre un terme en mai prochain.

Sa démission a déclenché des élections législatives anticipées dans la province britannique, à l'issue desquelles le Sinn Féin, qui milite pour la réunification de l'Irlande, a obtenu un score historique.

Il n'a été devancé que d'un seul siège par le Parti unioniste démocrate (DUP, pro-britannique), un résultat qui laisse présager des discussions ardues pour reformer un gouvernement de coalition dans la province.

Martin McGuinness était marié et père de quatre enfants.

(Avec Estelle Shirbon, Padraic Halpin; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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