Mort de George Floyd: première comparution de Derek Chauvin devant la justice

Deux semaines après la mort par asphyxie de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans sans problème qui était interpellé par la police de Minneapolis, dans le nord des États-Unis, le principal suspect, Derek Chauvin, a comparu pour la première fois ce lundi matin devant la justice de la ville.

De notre envoyé spécial à Minneapolis,

Deux semaine après son crime, l’ex-policier porte désormais la tenue orange des détenus. Il était auditionné par visioconférence depuis sa prison de haute sécurité ou il est maintenu isolé des autres prisonniers. Quand le juge lui a demandé son adresse, Derek Chauvin, 44 ans, a simplement confirmé, mais à l’imparfait : « C’était mon adresse », a-t-il dit.

Le spectre de l’impunité

Une audience essentiellement procédurale. Le juge a fixé sa prochaine audition au 29 juin et sa caution à 1,25 millions de dollars, sans condition. C’est le maximum prévu par la loi.

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L’ancien policier faisait déjà l’objet d’une vingtaine de plaintes et était impliqué dans plusieurs fusillades. Il avait d’abord été inculpé pour homicide involontaire, mais ces faits ont ensuite été requalifiés en meurtre non prémédité. Un crime passible de 40 années de prison, mais beaucoup aux États-Unis craignent que Chauvin bénéficie d’une peine légère, comme c’est presque toujours le cas pour les policiers.

Des avocats s’agenouillent en silence

Alors pour demander justice, une scène très forte s’est produite pendant cette audition : à l’extérieur, une centaine d’avocats ont manifesté en silence, tous agenouillés et tournés vers la salle du tribunal, avec une requête : la fin de l’impunité pour les policiers tueurs aux États-Unis.

« Les descendants d’Africains dans ce pays ne bénéficient pas des mêmes lois. On peut être tués par la police sans que la police soit sanctionnée. Cela doit s’arrêter ! a déclaré Angie Porter, l’une de ces avocates afro-américaines. Et ce vieux racisme qui considère qu’une vie noire vaut moins qu’une blanche imprègne si profondément l’Amérique que les policiers ont le droit de faire ça, en toute impunité. Ce n’est pas normal. »

« Abolissons la police ! »

« Abolissons la police ! » C’est un slogan que l’on entend depuis le début dans les manifestations. La mort de George Floyd déclenche maintenant un débat sur la légitimité même de la police, puisque la ville de Minneapolis a annoncé dimanche vouloir démanteler sa police.

Et le projet semblerait presque utopique si ce n’étaient pas neuf élus de la Minneapolis qui promettaient de le faire. Des élus qui forment une majorité au conseil municipal, et devant des manifestants dimanche, ils ont promis de construire un avenir sans police. Ces élus estiment que la police de la ville est tellement raciste qu’il est impossible de la réformer, qu’elle est devenue source d’insécurité alors qu’elle est censée protéger. Ils promettent donc de la démanteler, sans savoir pour autant par quoi la remplacer. Mais la solution, disent-ils, va venir de discussions qu’ils comptent mener avec les habitants tout au long de l’année.