Mort d'Yvan Colonna: les députés votent la création d'une commission d'enquête

Sur une plaque de bois, à côté de la porte de l'église de Cargèse, en Corse-du-Sud, le visage au pochoir du militant indépendantiste corse Yvan Colonna, tués en prison par un co-détenu, le 25 mars 2022 - JULIEN DE ROSA © 2019 AFP
Sur une plaque de bois, à côté de la porte de l'église de Cargèse, en Corse-du-Sud, le visage au pochoir du militant indépendantiste corse Yvan Colonna, tués en prison par un co-détenu, le 25 mars 2022 - JULIEN DE ROSA © 2019 AFP

La commission des Lois de l'Assemblée nationale a donné à l'unanimité son feu vert ce mercredi à la création d'une commission d'enquête autour de l'agression mortelle en mars d'Yvan Colonna, qui avait suscité une très forte émotion en Corse.

Le 2 mars, Yvan Colonna militant indépendantiste corse qui purgeait une peine de prison à perpétuité à la prison d'Arles (Bouches-du-Rhône) pour l'assassinat du préfet Claude Erignac, avait été violemment agressé dans la salle de sports par Franck Elong Abé, un homme de 36 ans qui purgeait plusieurs peines dont une de neuf ans pour "association de malfaiteurs terroriste".

Il est décédé des suites de ses blessures après trois semaines de coma.

"La soif de justice et de vérité de la société insulaire"

Le groupe centriste Liot a exercé son droit de tirage pour lancer cette commission d'enquête, en soumettant une résolution du député de Haute-Corse Jean-Félix Acquaviva.

Elle entend faire la lumière sur "les conditions dans lesquelles" le meurtrier présumé "a pu bénéficier d'un classement en détention ordinaire (...) et ne pas être soumis aux étapes de détection de la radicalisation en milieu carcéral". Elle souhaite également "étudier la genèse et les conditions dans lesquelles le statut de détenu particulièrement signalé a été maintenu" pour Yvan Colonna.

"Ce qui est en jeu c'est la soif de justice et de vérité de la société insulaire", a fait valoir Jean-Félix Acquaviva, estimant que des auditions à l'Assemblée avaient révélé des "contradictions", notamment sur "l'évaluation de la radicalisation" du meurtrier présumé.

Des travaux rendus dans six mois maximum

Cette commission, qui sera composée de trente députés maximum suivant une représentation proportionnelle des groupes à l'Assemblée, rendra ses travaux dans un délai maximum de six mois. Le groupe Liot espère débuter les travaux "en décembre ou janvier pas plus tard".

"J'espère qu'elle permettra d'avancer de façon significative vers l'exigence de vérité et de justice", a réagi Gilles Simeoni, président autonomiste du conseil exécutif de Corse.

"Nous attendons désormais que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cet assassinat", a déclaré la présidente autonomiste de l'Assemblée de Corse Marie-Antoinette Maupertuis.

Ne pas empiéter sur l'enquête judiciaire

"La commission devra veiller tout au long de ses travaux à ne pas faire porter ses investigations sur des questions relevant de la compétence exclusive de l'autorité judiciaire", a rappelé Caroline Abadie (Renaissance), rapporteure du texte créant ladite commission.

"Seule l'enquête judiciaire pourra éclaircir les motifs de l'agression, et délimiter les responsabilités et d'éventuelles complicités", a-t-elle insisté.

Deux procédures judiciaires sont ouvertes: une enquête pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste", une seconde pour violation du secret de l'instruction. Un rapport de l'Inspection générale de la justice (IGJ) a estimé que le surveillant chargé de l'aile où se trouvait l'indépendantiste corse a fait preuve d'un "net défaut de vigilance" en restant "sans aucun motif éloigné" du lieu des faits, qui ont duré neuf minutes.

L'ex-directrice de la prison d'Arles et un surveillant vont faire l'objet de "procédures disciplinaires", avait annoncé en juillet Élisabeth Borne.

Article original publié sur BFMTV.com