Mort d'un détenu à Meaux: une enquête ouverte pour déterminer la responsabilité de surveillants

F.B.
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Des détenus dans la cour de la prison de Meaux en Seine-et-Marne, le 15 décembre 2017 - ALAIN JOCARD © 2019 AFP
Des détenus dans la cour de la prison de Meaux en Seine-et-Marne, le 15 décembre 2017 - ALAIN JOCARD © 2019 AFP

L'enquête sur la mort le mois dernier d'un détenu de la prison de Meaux (Seine-et-Marne) a rebondi avec l'ouverture par le parquet d'une nouvelle information judiciaire pour violences volontaires, destinée à déterminer l'éventuelle responsabilité de surveillants, a appris ce jeudi l'Agence France-Presse (AFP).

Le 25 janvier dernier, Jimony Rousseau, 28 ans, avait été transporté en arrêt cardiovasculaire à l'hôpital après avoir été "maîtrisé" par des gardiens lors d'un incident. Il y était décédé huit jours plus tard.

Une première enquête avait alors été ouverte pour "recherche des causes de la mort". Une nouvelle a été ouverte "pour violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique et violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner", a annoncé ce jeudi la procureure de Meaux, Laureline Peyrefitte, à l'AFP.

Un "œdème cérébral" constaté

Son autopsie avait conclu à "l'existence d'un œdème cérébral dû à un arrêt cardiaque prolongé", selon le parquet.

"Des ecchymoses et contusions étaient retrouvées sur le corps en zone d'appui et d'entrave, ou au niveau du cuir chevelu" mais elles "n'avaient pas eu d'incidence sur le processus mortel", avait alors indiqué le parquet, en précisant "qu'aucune fracture, notamment au niveau de la cage thoracique, n'était retrouvée".

"À ce stade du dossier, le lien de causalité entre des violences et le décès de M. Rousseau n'est toujours pas établi", a tenu a précisé jeudi Laureline Peyrefitte. "C'est ce que devra déterminer l'instruction. En particulier, des analyses médicolégales complémentaires doivent être réalisées".

La phase d'expertise en cours

La phase d'expertise "prendra nécessairement du temps", a-t-elle prévenu. "Elle devra comprendre l'analyse et la synthèse de plusieurs examens issus de l'autopsie et de l'analyse toxicologique déjà réalisés d'une part, et de l'examen anatomopathologique (examen des cellules et des tissus, NDLR) et du dossier médical complet restant à réaliser d'autre part".

La mort du détenu fait également l'objet d'une inspection administrative diligentée par le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, dont le rapport doit être rendu d'ici fin avril.

Au début de la procédure, "personne n'a évoqué qu'il a été victime de coups. D'après tous les témoignages, tous les compte-rendus d'incidents qui ont été versés, tout s'était bien passé", a rappelé jeudi à l'AFP Me Sonia Kemel, avocate de la famille du détenu.

"Un ou plusieurs coups"

Mais depuis, "des surveillants ont été entendus à la police et ont révélé, pour certains, qu'un surveillant l'avait tapé au niveau de la tête", a-t-elle poursuivi, évoquant "un ou plusieurs coups".

Les premiers éléments de l'enquête communiqués par le parquet à l'époque des faits avaient indiqué que le détenu avait refusé de réintégrer sa cellule après une promenade dans la cour de la maison d'arrêt.

"Il se serait opposé violemment à son menottage, notamment en mordant au sang l'un des surveillants pénitentiaires, lesquels usaient de la contrainte pour le faire lâcher prise et le maîtriser", avait rapporté la procureure.

Une fois au quartier disciplinaire, le personnel avait constaté que Jimony Rousseau était devenu subitement calme. Le Samu avait été appelé, et il avait été transféré à l'hôpital en arrêt cardio-vasculaire.

Une manifestation pour réclamer "la vérité"

Interrogé par l'AFP, un surveillant pénitentiaire de la prison de Meaux avait affirmé que le détenu "vulnérable, a été roué de coups" notamment "à la tête" par "des agents alors qu'il était menotté et maîtrisé au sol".

Les agents pour la plupart "stagiaires ou inexpérimentés sont intervenus sous la supervision de plusieurs supérieurs hiérarchiques, dont le chef de détention", avait-il ajouté sous couvert d'anonymat.

Début février, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté devant la prison pour réclamer "la vérité" sur la mort du jeune homme. Ce dernier était en détention provisoire depuis trois semaines dans l'attente d'un procès en comparution immédiate pour violences conjugales.

L'enquête est confiée à la police judiciaire de Versailles.

Article original publié sur BFMTV.com