Mort d'Elizabeth II: pourquoi Harry et Andrew figurent toujours dans l'ordre de succession au trône

Andrew et Harry, le 14 septembre 2022. - Martin Meissner - AFP
Andrew et Harry, le 14 septembre 2022. - Martin Meissner - AFP

Avec la mort de la reine Elizabeth II, le 8 septembre à l'âge de 96 ans, et la proclamation de son fils en tant que nouveau roi Charles III, tous les membres de la famille royale ont avancé d'un rang dans l'ordre de succession au trône britannique. Y compris deux princes dont les noms sont devenus synonymes d'embarras pour la couronne: Harry et Andrew.

L'ordre de succession fonctionne ainsi: un héritier au trône est suivi de ses enfants, par ordre de naissance, puis de ses frères et soeurs, également par ordre de naissance. Dans le cas d'un héritier sans enfants, c'est son frère ou sa sœur le plus proche, puis sa progéniture, qui prennent sa suite.

Ainsi, le prince Harry, qui a quitté son rôle de premier plan au sein de la famille royale pour s'installer en Californie avec son épouse Meghan Markle, arrive cinquième, derrière son frère William et les trois enfants de ce dernier. Andrew, qui a mis fin à ses engagements publics après avoir été éclaboussé par le scandale sexuel de l'affaire Epstein, est huitième, après Harry et ses deux enfants Archie et Lilibet.

Le Parlement, seul capable d'interférer

S'ils ont conservé leurs titres de duc de Sussex et de duc d'York, respectivement, Harry et Andrew ont perdu des titres officiels, militaires et honorifiques. Andrew s'est retiré de ses engagements publics et Harry a pris son indépendance et ne travaille pour "la Firme". Pourtant, leur place dans l'ordre de succession au trône n'a jamais été remise en question. Et la reine elle-même n'avait pas le pouvoir de la modifier.

"L'ordre de succession est déterminé par le Parlement depuis 1701, par l'Act of Settlement", explique à BFMTV.com Philippe Chassaigne, professeur d'histoire à l'Université Bordeaux-Montaigne et spécialiste de l'histoire de la Grande-Bretagne. "L'ordre de succession échappe à la volonté des souverains, c’est le Parlement qui le détermine. Pour écarter Harry et Andrew, il faudrait donc un vote du Parlement."

Et un tel vote s'avérerait "fastidieux": "Tout changement doit être ratifié par les Parlements des 15 royaumes du Commonwealth. Si un seul des royaumes refuse, tout est bloqué." Beaucoup d'efforts, pour une situation "improbable": "Avec l'accession de Charles III au trône, William se retrouve premier dans l'ordre de succession. Après lui se trouvent George, Charlotte et Louis, et Harry n'arrive qu'après. Andrew est encore trois rangs plus loin. À moins d'une catastrophe, la monarchie semble assurée."

D'autant que des précautions logistiques sont prises afin d'éviter de perdre un monarque et son héritier direct: "Il ne faut pas oublier que dans les déplacements, le souverain et son successeur ne prennent pas le même train ou le même avion."

Et la régence?

Se pose, néanmoins, la question de la régence. Le Regency Act de 1937 prévoit que, si un souverain accède au trône avant d'avoir atteint la majorité, le Regency Act de 1937 prévoit que ses fonctions royales soient assurées par la première personne majeure de l'ordre de succession au trône jusqu'à ses 18 ans. Ainsi, si George accédait au titre de roi en étant mineur, il s'agirait de Harry. Mais là encore, le Parlement pourrait intervenir:

"Au début de chaque règne, une loi qui fixe les conditions de la régence est adoptée", explique Philippe Chassaigne. "Je pense qu'il y a des groupes parlementaires qui réfléchissent beaucoup à la chose. On pourrait imaginer, dans le cas où George accéderait au trône avant sa majorité, que Kate Middleton devienne régente. Elle est la mère du futur roi, ce qui la rend mieux placée que le prince Harry."

Le dernier texte venu modifier le fonctionnement de l'ordre de succession est le Succession to the Crown Act de 2013. Ce texte a aboli la prévalence masculine, principe qui faisait qu'un héritier mâle supplanterait sa grande sœur dans l'ordre de succession du fait de son sexe.

Il est déjà arrivé que des membres éloignés de la famille royale perdent leur place dans l'ordre de succession au trône, pour des raisons religieuses. En quittant la foi anglicane pour se convertir au catholicisme, Lord Downpatrick et Lady Marina Windsor ont ainsi tous les deux été retirés de l'ordre de succession, en 2003 et 2008. Depuis le Succession To The Crown Act de 2013, les membres de la famille royale qui épousent un ou une catholique sans pour autant se convertir peuvent conserver leur place dans l'ordre de succession.

Article original publié sur BFMTV.com