Mort d'Elizabeth II: un homme menacé d'être arrêté pour avoir brandi une feuille blanche à Londres

La Tour Elizabeth, au palais de Westminster, siège du Parlement britannique.  - HOLLIE ADAMS / AFP
La Tour Elizabeth, au palais de Westminster, siège du Parlement britannique. - HOLLIE ADAMS / AFP

Le bruit monte au Royaume-Uni. Après l'éloignement lundi par la police d'un manifestant anti-monarchie qui s'approchait du Parlement lors de la visite du roi Charles III, une autre histoire fait polémique au Royaume-Uni. Paul Powlesland, avocat dans la capitale, était lundi sur la place du Parlement, à Londres, lorsqu'il brandit une feuille de papier vierge, raconte-t-il sur Twitter. Un officier de police s'approche alors de lui et lui demande de décliner son identité.

"Il m'a confirmé que si j'y écrivais "Not My King" ("Pas mon roi"), il m'arrêterait en vertu de la loi sur l'ordre public car quelqu'un pourrait être offensé", affirme-t-il.

L'article 5 de cette loi permet à la police d'arrêter des personnes ayant "des paroles ou un comportement menaçants ou abusifs, ou un comportement désordonné", ou qui affiche "tout écrit, signe ou autre représentation visible qui est menaçant ou abusif à l'ouïe ou à la vue d'une personne susceptible d'être harcelée, alarmée ou en détresse".

Cet argument ne passe pas pour Paul Powlesland : "Une période de deuil silencieux pour la Reine, c'est bien, mais utiliser cette période pour cimenter l'accession de Charles comme roi et réprimer toute dissidence à l'accession" est "scandaleux", écrit-il. Il a également filmé une partie de la discussion et l'a postée sur Twitter.

Paul Powlesland a souligné mardi sur la chaîne de télévision britannique ITV qu'il ne se trouvait pas devant le palais de Buckingham, la résidence officielle du souverain, lorsque l'officier de police est venu le voir.

"Je ne serais pas allé devant le palais de Buckingham, parce que c'est là que les gens sont en deuil. J'étais devant le Parlement, le centre de notre politique, où quelqu'un s'est proclamé roi et a dit que j'étais son sujet", a-t-il déclaré.

Des incidents similaires ont eu lieu ces derniers jours dans plusieurs villes du Royaume-Uni. Lundi, une militante du mouvement GlobalMajority, qui "s'oppose à l'impérialisme et défend la planète", a par exemple annoncé avoir été arrêtée à Édimbourg, en Écosse, parce qu'elle tenait une pancarte "Fuck Imperialism, Abolish Monarchy" ("J'e****** l'impérialisme, abolissons la monarchie").

Des ONG critiquent les arrestations

Plusieurs ONG de défense des droits humains ont critiqué la réaction des forces de l'ordre face aux manifestants anti-monarchie. La directrice de l'ONG britannique de défense de la liberté d'expression Index on Censorship, Ruth Smeeth, estime par exemple que les arrestations de ces derniers jours sont "très préoccupantes" et que le droit à la liberté d'expression, y compris le droit de manifester, doit "être protégé quelles que soient les circonstances".

"Les citoyens de tout le pays et d'ailleurs continuent de pleurer la perte de la reine, une perte que beaucoup ressentent vivement. Cependant, nous devons veiller à ce que cet événement ne soit pas utilisé, par accident ou à dessein, pour éroder de quelque manière que ce soit la liberté d'expression dont jouissent les citoyens de ce pays", écrit Ruth Smith dans un communiqué publié mardi.

En réaction aux critiques, la police de Londres a affirmé mardi vouloir trouver "un équilibre entre les droits des manifestants et ceux des autres qui souhaitent faire leur deuil et réfléchir".

La monarchie en débat

La question de la place de la monarchie au Royaume-Uni, mais aussi ailleurs, a été relancée après la mort de la reine Elizabeth II. Le Mouvement pour une république australienne, qui demande la fin de la monarchie constitutionnelle dans le pays, a par exemple rappelé une journée après son décès que la reine soutenait le droit des Australiens à décider de leur système politique par la voie du référendum.

Selon un sondage YouGov publié en mai, seuls 27% des Britanniques sont favorables à l'abolition de la monarchie. Parmi eux, Paul Powlesland et une dizaine d'autres personnes, qui ont manifesté mercredi soir avec des pancartes anti-monarchie devant le Parlement. Ils n'ont pas été interpellés par la police : "une victoire pour la liberté d'expression", a estimé l'avocat.

Article original publié sur BFMTV.com