Mort d’Abolhassan Banisadr, premier président élu d'Iran, forcé à l'exil

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Réfugié politique en France depuis 1981 et ancien intime de l'ayatollah Khomeiny, Abolhassan Banisadr, décédé ce samedi 9 octobre à Paris, a été le premier président élu de la République d'Iran en janvier 1980 avant d'être destitué 17 mois plus tard.

C'est un personnage au parcours atypique qui est décédé à l'âge de 88 ans ce samedi, des suites d'une longue maladie. Né le 22 mars 1933 dans un petit village proche de Hamadan (ouest de l'Iran), fils et petit-fils de religieux, Banisadr était un modéré.

Défenseur de la liberté et de la démocratie, il prônait un islam libéral. Musulman pratiquant, il milite dès l'âge de 17 ans dans les rangs du Front national, mouvement du docteur Mossadegh, le dirigeant nationaliste en lutte pour l'indépendance de l'Iran et la nationalisation du pétrole.

Après des études de théologie, d'économie et de sociologie, il devient un opposant résolu au régime du chah. Recherché par la police, il doit quitter l'Iran en 1963 et s'installe à Paris. Dès 1970, il préconise l'union de l'opposition iranienne autour de l'imam Khomeiny, alors exilé en Irak.

En octobre 1978, Khomeiny gagne à son tour la France. Abolhassan Banisadr appartient au cercle des familiers de Neauphle-le-Château, où réside l'ayatollah en région parisienne. Conseiller laïc le plus écouté du chef religieux, il appelle Khomeiny « cher père ». Il avouera plus tard son regret de ne pas avoir su déceler son « goût du pouvoir ».

Le 1er février 1979, Banisadr est dans l'avion qui ramène le « Guide de la Révolution » en Iran. D'abord ministre de l'Économie, puis, pour quelques jours seulement, ministre des Affaires étrangères, il devient le premier président de la République d'Iran élu au suffrage universel le 26 janvier 1980, avec 76% des voix.

Le 7 février 1980, l'ayatollah Khomeiny le nomme président du Conseil de la Révolution. Dès le début de son mandat, Banisadr se heurte à d'immenses difficultés : l'affaire des otages américains, la guerre contre l'Irak, la situation au Kurdistan, la crise économique et, surtout, l'opposition des religieux fondamentalistes.

L’exil

Commandant en chef des forces armées du 19 février 1980 au 10 juin 1981, il réorganise l'armée iranienne et passe une grande partie de son temps sur le front de la guerre avec l'Irak. Mais ce théoricien d'une « troisième voie islamique », respectant la règle démocratique, doit finalement s'incliner devant le pouvoir des mollahs.

Après plus d'un an de conflit avec certains membres du haut clergé chiite et avec le Parti de la République islamique (majoritaire au Parlement), le processus de démocratisation est enrayé. Le 21 juin 1981, le chef de l'État est destitué par le Parlement pour « incompétence politique ».

Abolhassan Banisadr reprend alors le chemin de l'exil. Le 29 juillet 1981, il quitte l'Iran clandestinement. Aussitôt arrivé en France, il obtient l'asile politique et s'installe à Versailles (Yvelines), sous protection policière constante.

En août 1981, il fonde le Conseil national de la résistance iranienne (CNR) avec un autre dirigeant exilé, Massoud Radjavi, leader des Moujahidines du peuple. Le CNR fédère plusieurs groupes de l'opposition iranienne, notamment le Parti démocratique du Kurdistan. Banisadr le quitte en avril 1984, date de la rupture de sa collaboration politique avec Massoud Radjavi.

En 1989, à l'occasion du dixième anniversaire de la révolution islamique et du renversement du chah, il publie un livre accusateur : Le complot des ayatollahs (La découverte). En 1996 à Berlin, puis en 2001 à Paris, il témoigne sous haute sécurité dans des procès sur la mort d'opposants, chargeant le régime des mollahs.

L'ancien président en exil a toujours suivi de près l'évolution de son pays, critiquant régulièrement l'ayatollah Khamenei ou l'accord international conclu à Vienne en 2015 sur le nucléaire iranien, une « capitulation face aux États-Unis », selon lui. « Le changement de régime est à portée de main. Mon retour en Iran dépend de ce que le peuple bouge, qu'il y ait un mouvement général pour la démocratie. C'est un espoir que j'ai et je travaille aussi pour que ça se réalise », avait-il confié en 2015 à la radio suisse RTS.

Les autorités iraniennes n'ont pas officiellement réagi à la mort de Bani Sadr, relate notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi. Mais l'agence Fars, proche des conservateurs, a affirmé qu'il avait agi contre la nation ces 40 dernières années, alors que le quotidien Javan l'a accusé d'avoir « collaboré avec les opposants en France contre le peuple iranien ces dernières années ».

Sur les réseaux sociaux, les réactions d'Iraniens sont également partagées, certains affirmant que l'ancien président était déjà mort, à savoir le jour où il avait trahi son pays.

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