Mort de Clément Méric: jugé en appel, un ex-skinhead invoque la légitime défense

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Esteban Morillo (C) arrive au palais de justice de Paris le 4 septembre 2018

"Je me suis simplement défendu": au premier jour de son procès en appel pour la mort du militant antifasciste Clément Méric, l'ancien skinhead Esteban Morillo, qui avait reconnu lui avoir donné deux coups mortels lors d'une bagarre en 2013, a invoqué la légitime défense.

Vêtu d'une veste sombre, les cheveux attachés en chignon, Esteban Morillo, 28 ans, a assuré à la barre des assises de l'Essonne, ne "jamais avoir été vraiment impliqué politiquement" à l'extrême droite.

En septembre 2018, la cour d'assises de Paris l'avait reconnu coupable de violences volontaires avec armes et en réunion ayant entraîné la mort de Clément Méric, sans intention de la donner. Il avait été condamné à onze ans de réclusion. Même sentence pour son co-accusé Samuel Dufour, condamné lui à sept ans de prison. Les deux anciens skinheads, également reconnus coupables d'avoir porté hors de leur domicile des poings américains, avaient fait appel.

Dans ce nouveau procès, ils encourent jusqu'à vingt ans de réclusion.

- Un poing américain "joli" -

"Simplement je me suis défendu et je n'ai jamais utilisé de poing américain", a déclaré mardi à la barre Esteban Morillo, agent de sécurité au moment des faits, alors qu'il avait 20 ans. "J'ai toujours essayé d'arranger les choses, j'ai jamais attaqué, je n'ai pas utilisé d'arme", a insisté le jeune homme, se décrivant comme "travailleur" et "empathique".

Lors de l’affrontement ayant opposé des militants antifascistes et d’extrême droite et qui avait coûté la vie à Clément Méric en 2013, "vous estimiez-vous en état de légitime défense ?", lui demande le président de la cour, Thierry Fusina. L'accusé acquiesce, d'un hochement de tête.

Tout au long de son examen de personnalité, Esteban Morillo, qui a grandi dans une famille modeste dans un village de l'Aisne, a tenu à mettre à distance sa "période" de skinhead, comme il la décrit.

Son appartenance au mouvement d'extrême droite de la Troisième voie, alors dirigé par Serge Ayoub et aujourd’hui dissous ? "C'était surtout une bande de potes" pour "boire" et "rigoler". Son ancien tatouage "Famille, Travail, Patrie" ? "Je trouvais belle cette devise, mais en aucun cas ça a à voir avec le pétainisme". Son poing américain ? "Je l'ai acheté parce que je l'ai trouvé joli" mais "je ne l'ai pas utilisé". Son livre préféré selon son profil Facebook, Mein Kampf ? "Je ne l'ai jamais lu".

"On a compris, il est facho. Et alors ? C'est pas ça, la question !", s'est insurgé son avocat Jérôme Triomphe. "La question est: est-ce qu'il s'est fait agresser ou pas ?", a lancé son conseil.

- Examen de personnalité -

Le puzzle des témoignages et des expertises en première instance n'avait pas permis de faire toute la lumière sur le déroulement des faits.

Le 5 juin 2013 en fin d'après-midi, deux petits groupes de jeunes militants d'extrême gauche et d'extrême droite se retrouvent fortuitement à une vente privée dans le quartier Saint-Lazare à Paris. Quarante minutes plus tard, une bagarre éclate dans la rue. En sept secondes, elle est fatale à Clément Méric, un étudiant de Sciences Po Paris âgé de 18 ans, qui s'effondre sur le bitume après avoir été frappé au visage.

Qui a provoqué l'affrontement ? Les skinheads portaient-ils des poings américains ? "Sans qu'il ait été possible de déterminer l'auteur du premier coup", la cour d'assises de Paris avait jugé en première instance que "la scène unique de violences" ayant opposé l'accusé Samuel Dufour à un militant antifascistes, "tandis que M. Morillo frappait à deux reprises Clément Méric", avait entraîné le décès de ce dernier.

La cour avait souligné une "volonté délibérée (des accusés) de rechercher l'agression avec le groupe adverse".

L’examen de personnalité d’Esteban Morillo, mené par une enquêtrice, avait de son côté abouti à dresser le portrait d’une personne "calme", "empathique" et "attentive aux autres". "Il n’y a rien de violent qui ressort" de la personnalité de M. Morillo, a répété mardi à la barre Marie Dorso.

La cour se penchera mercredi sur la personnalité de Samuel Dufour, le second accusé.

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