Mort de Clément Méric: 7 et 11 ans de prison requis en appel à l'encontre des deux anciens skinheads

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Manifestation le 14 septembre 2018 à Paris cinq ans après la mort de Clément Méric, dont le portrait est affiché sur une banderole - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP
Manifestation le 14 septembre 2018 à Paris cinq ans après la mort de Clément Méric, dont le portrait est affiché sur une banderole - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

"Une rencontre fortuite", une "rixe soudaine" et une "scène unique de violence": des peines de sept et onze ans d'emprisonnement ont été requises vendredi à l'encontre des deux anciens skinheads jugés en appel à Evry pour la mort "absurde" de Clément Méric en 2013 à Paris.

"Si la rencontre est fortuite, le dossier démontre que la mort de Clément Méric n'était pas le fruit du hasard, il y a eu une montée en puissance et une forme de haine", a lancé l'avocat général, Philippe Courroye, devant la cour d'assises de l'Essonne.

Il a requis la peine la plus lourde à l'encontre d'Esteban Morillo, 28 ans, déjà condamné à onze ans en première instance et qui a reconnu être l'auteur des coups mortels. Il encourt jusqu'à vingt ans de réclusion pour coups mortels portés en réunion et avec une arme. Sept ans ont été demandés pour son co-accusé Samuel Dufour pour sa "co-action" dans la bagarre, lui qui avait déjà été condamné à cette peine en 2018.

Une "dérive commune" vers une "idéologique toxique"

Le 5 juin 2013, Clément Méric, étudiant de 18 ans et militant antifasciste, s'était écroulé sur le bitume en plein Paris, lors d'une rixe violente et brève entre militants d'extrême gauche et skinheads d'extrême droite, en marge d'une vente privée de vêtements de la marque Fred Perry.

Les accusés "ne sont pas jugés parce qu'ils sont ou ont été skinheads, mais qu'on le veuille ou non, dans l'enchaînement des faits, en toile de fond il y a un carburant inquiétant, celui du sectarisme, de l'ostracisme, de l'exclusion de celui qui ne pense pas comme nous", a poursuivi l'avocat général, évoquant leur "dérive commune" vers une "idéologie toxique".

"J'ose espérer que vous avez pris vos distances avec cette idéologie mortifère", a soufflé le magistrat, pointant que la mort de Clément était "évitable" et "absurde".

Du côté de la défense, Me Triomphe, avocat d'Esteban Morillo, a fustigé "l'idéologisation du procès" et la "folie" d'un réquisitoire "politique", loin "des faits". Pour lui, dans cette affaire, "noyée par les mensonges médiatiques et instrumentalisée par les antifa", tout a été "inversé": "les agressés sont devenus des agresseurs". Il a plaidé l'acquittement "au nom de la légitime défense".

Une "scène unique de violence"

Tout au long des deux procès, les différents récits des témoins n'ont pas permis de lever tous les doutes sur l'échange de coups qui n'a duré que quelques secondes.

"Mais là, où est l'agression ? Qui va au contact ? Qui frappe en premier directement Clément Méric ? Clément Méric constituait-il une menace ? Alors poser la question c'est évidemment y répondre", a affirmé l'avocat général, tout en regardant les accusés aux têtes baissées.

Pour l'accusation, le groupe de Méric ne présentait aucune menace et attendait "à trente mètres". En revanche, après cette "rixe soudaine" et cette "scène unique de violence", Esteban Morillo ne semblait "pas catastrophé" mais "plutôt fier".

Or, "nous sommes après l'irrémédiable, Méric est au sol, le visage en charpie, le cerveau déjà noyé par son sang, la mort infuse en lui", a poursuivi lentement le magistrat.

L'usage d'un poing américain nié par les accusés

Il s'est également attaché à convaincre la cour de la circonstance aggravante de "la réunion" et de la "co-action" de Samuel Dufour. Pour lui, le groupe a été le moteur de la rixe: "qu'aurait été Morillo seul? Rien. Qu'aurait été Dufour seul? Rien".

Lors de son réquisitoire de deux heures, il a aussi demandé à la cour de retenir "l'utilisation d'une arme" par les deux accusés, un poing américain dont il ont tous les deux nié l'usage pendant les débats.

Depuis le début de l'affaire, les expertises n'ont pas pu certifier que les blessures avaient été infligées par ce type d'arme en métal percée de trous dans lesquels on passe les doigts, mais ces expertises n'ont pas non plus exclu son usage. Le verdict est attendu vendredi soir.

Article original publié sur BFMTV.com

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