"Montrer aux accusés qu'on a pris le dessus": les victimes du 13-Novembre de nouveau à la barre

Au Palais de justice de Paris, île de la Cité, au premier jour du procès des attentats du 13-Novembre, le 8 septembre 2021 - Alain JOCARD © 2019 AFP
Au Palais de justice de Paris, île de la Cité, au premier jour du procès des attentats du 13-Novembre, le 8 septembre 2021 - Alain JOCARD © 2019 AFP

Depuis le 28 octobre dernier, elles n'avaient pas pris la parole. À de très rares occasions, elles ont fait part de leur exaspération en laissant échapper quelques applaudissements face aux provocations de Salah Abdeslam ou encore quelques soupirs quand ce dernier décidait de ne pas répondre aux questions. Mais à partir de ce mercredi, les victimes et proches de victimes vont être à nouveau appelés à témoigner devant la cour d'assises spéciale qui juge les attentats du 13-Novembre.

Au cours de cette deuxième session, qui durera jusqu'au jeudi 12 mai, une centaine de parties civiles vont venir témoigner. Des victimes dont la demande a été transmise trop tard pour être entendues au cours des cinq semaines consacrées à leur témoignage en octobre dernier, doivent prendre la parole. D'autres, eux, se sont décidés au cours des derniers mois du procès à venir livrer leur récit devant la cour.

Un "outil commun"

Cédric fait partie des premiers. Lui a raté les inscriptions d'un jour mais les sept mois de procès ont fini par le convaincre qu'il fallait qu'il apporte sa voix. "J'ai vraiment été épaté par ceux qui ont témoigné en octobre, se souvient-il. C'étaient des témoignages de force et de vie." Lui veut livrer son récit du 13-Novembre mais aussi une vision plus large de ce que ressentent les victimes.

"L'idée de ce témoignage, c'est aussi de donner notre avis sur ce qu'il s'est passé depuis des mois, détaille ce rescapé du Bataclan. Je veux utiliser mon propre témoignage comme un outil commun."

Le 13 novembre 2015, Cédric était dans la fosse du Bataclan. Il a pu s'extraire au bout de 15 minutes, grâce à l'intervention de Didi, le responsable de la sécurité de la salle de spectacle. "Je suis physiquement indemne, mais je veux rendre visibles mes blessures psychologiques", confie ce professeur d'histoire-géographie, qui rappelle l'importance de la reconnaissance du stress post-traumatique. Pas question toutefois de s'enfermer dans "un statut de victime".

"On va finir par vivre avec, par vivre avec correctement, les terroristes ont perdu, soutient-il. J'ai envie de m'adresser aux accusés, de les interpeller. Je veux leur montrer qu'on a pris le dessus. J'ai envie de leur dire: 'Vous allez retrouver votre cellule et nous on va retrouver notre vie'."

"On dirait une bande de petits délinquants"

Depuis le 8 septembre dernier, et l'ouverture du procès, Cédric se rend régulièrement au palais de justice de Paris. Toutes les semaines, puis tous les quinze jours. Mais au début de l'année, les débats deviennent trop pesant pour lui. Il fuit la salle de la cour d'assises. D'autant qu'au fur et à mesure que les semaines passent, les débats ne se révèlent pas à la hauteur de ses attentes.

"On a fait le deuil de la vérité, estime le jeune homme à la carrure de rugbyman. L'enquête a fait émerger la vérité historique". 876450610001_6304046780001

Des accusés, Cédric n'en garde que de la déception. "On dirait qu'on a devant nous une bande de petits délinquants", regrette-t-il. Cédric est revenu ces dernières semaines au tribunal de Paris. Il était là quand Salah Abdeslam a livré sa version du 13-Novembre. "J'y crois sans y croire, tranche-t-il. Ses propos arrivent tardivement, ils collent parfaitement au dossier, c'est très décevant."

"J'ai hâte que tout cela se termine, j'ai hâte qu'il retourne dans l'anonymat de sa cellule. Il y a un procès pour l'Histoire et pour l'humanité et nous avons eu des accusés décevants."

Article original publié sur BFMTV.com

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