Montée des tensions en Transnistrie sur fond de guerre en Ukraine

Les autorités pro-russes de la région séparatiste de Moldavie ont dénoncé mercredi des tirs en provenance du territoire ukrainien au cours de la nuit. Il s'agit du quatrième fait rapporté de violence sur le territoire en seulement trois jours.

Les tirs que dénonce l'entité séparatiste auraient eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi. « La nuit dernière, plusieurs drones ont été repérés au-dessus du village de Kolbasna », indique le « ministère de l'Intérieur » de Transnistrie dans un communiqué. La cible, selon les autorités pro-russes : une ville abritant un grand dépôt d'armes, datant de la période soviétique. « Des coups de feu ont été tirés en direction de Kolbasna depuis l'Ukraine », ajoute le ministère.

« Les traces de ces attaques mènent à l'Ukraine », assure également à l'agence gouvernementale russe TASS Vadim Krasnoselsky, le président autoproclamé de la région séparatiste. « Je suppose que ceux qui ont organisé cette attaque ont pour objectif d'entraîner la Transnistrie dans le conflit. » Aucune victime n'est à déplorer, selon les rapports des autorités.

L'évènement est loin d'être isolé. Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février dernier, les tensions montent dans la région, attisées par la présence, depuis 1992, de militaires russes sur le sol de la région séparatiste dans le cadre d'une opération de paix. Mais ces derniers jours, ces tensions ont atteint un niveau inégalé.

Trois jours de violence

Lundi, plusieurs explosions sont entendues à Tiraspol, la « capitale » de la Transnistrie. Le siège du ministère de la Sécurité publique est visé dans ce qui semble être une attaque au lance-grenades. La police de la région séparatiste ne dénombre pas de blessés.

Mardi, la situation se crispe un peu plus. Deux « puissantes » antennes radio, qui relayaient les messages pro-russes à seulement quelques kilomètres de la frontière ukrainienne, sont détruites dans deux explosions éloignées de 25 minutes, selon le ministère de l'Intérieur. Là encore, aucun habitant n'a été blessé, selon les autorités locales.

Au même moment, le Conseil de sécurité de la région séparatiste moldave de Transnistrie dénonce une « attaque terroriste » contre une unité militaire près de Tiraspol. L'alerte de niveau terroriste est relevée à son niveau maximal, le « niveau rouge », sans que les autorités séparatistes dévoilent précisément les mesures de sécurité déployées sur le territoire.

Après ces annonces des autorités transnistriennes, la Moldavie a rassemblé mardi en urgence son conseil de sécurité. Les incidents dans la bande de terre qui s'étire le long de la frontière ukrainienne font craindre un débordement du conflit russo-ukrainien dans le pays d'Europe orientale.

D'ailleurs, Chisinau avait déjà accusé en mi-avril la Russie de tenter de recruter des soldats parmi les habitants de Transnistrie, dont l'administration est fidèle au Kremlin depuis la dislocation de l'URSS en 1991. Moscou y possède toujours une base et une force permanente de quelque 1 500 militaires, ainsi qu'un stock de près de 20 000 tonnes de munitions. Disposant de sa propre monnaie et de ses propres forces de sécurité, ce territoire, qui compte environ 500 000 habitants, est fortement dépendant de la Russie, qui lui fournit gratuitement du gaz.

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La peur d'une contamination du conflit en Ukraine

Ex-république soviétique, la Moldavie redoute d'être la prochaine cible de Moscou suite aux accusations d'un haut gradé russe. Le général Roustam Minnekaïev, commandant adjoint des forces du district militaire du Centre de la Russie, avait estimé plus tôt que la population russophone de Moldavie était victime d'« oppression », l'un des prétextes invoqués par Moscou pour légitimer ses interventions en Ukraine afin de « défendre » la minorité russe.

Des propos « sans fondement et en contradiction avec la position de la Russie en faveur de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de notre pays à l'intérieur de frontières internationalement reconnues », avait alors sèchement répondu le ministère moldave des Affaires étrangères.

S'exprimant sur les déflagrations en Transnistrie, la présidente moldave Maïa Sandu a affirmé lors d'une conférence de presse que cette série d'attaques était une tentative d'escalade des tensions et a accusé les « factions pro-guerre » du territoire.

« La Russie veut déstabiliser la région de Transnistrie, ce qui suggère que la Moldavie devrait s'attendre à recevoir des "invités" », renchérit sur Twitter le conseiller de la présidence ukrainienne Mikhaïlo Podoliak, faisant référence aux soldats russes qui ont envahi l'Ukraine depuis le 24 février.

Le ministre adjoint ukrainien de la Défense accuse la Russie d'être prêt à utiliser la Transnistrie comme tremplin pour s'attaquer à la Moldavie ou au reste de l'Ukraine, alors que les troupes russes et ses alliés séparatistes des républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk concentrent désormais leurs efforts sur l'est du pays. La menace est d'autant plus importante pour l'Ukraine que la région séparatiste se trouve à seulement 40 kilomètres du grand port du sud du pays, Odessa.

C'est d'ailleurs ce scénario, plus que celui d'une déstabilisation de la Moldavie, que redoutent les experts, à l'instar de Florent Parmentier. Pour le secrétaire général du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) et co-fondateur du site de géopolitique Eurasia prospective, interrogé par RFI, « si les Transnistriens devaient aller aujourd'hui dans une direction pour faire un conflit, ce ne serait pas du côté de la Moldavie, mais plutôt du côté de l'Ukraine. Avec une restriction malgré tout : [...] pourquoi la Transnistrie agirait maintenant en Ukraine, si elle n'avait pas jugé pertinent de le faire avant. »

La Russie affirme de son côté vouloir éviter un scénario qui l'obligerait à intervenir en Transnistrie, affirme le ministère russe des Affaires étrangères, cité par l'agence Novosti RIA. Les Occidentaux suivent également de très près la situation : la France réaffirme son soutien à la Moldavie face « aux risques de déstabilisation », l'Allemagne assure ne pas savoir qui se trouve derrière les attaques et s'il s'agissait, comme l'affirme l'Ukraine, d'opérations sous fausse bannière, et les États-Unis appellent de leur côté au calme.

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