"Cette montée de la justice privée est une grande menace pour le vivre ensemble" : au Burkina Faso, l'inquiétant essor des milices d'autodéfenses citoyennes

Claude Guibal
Le pays fait face à une montée du jihadisme auquel les forces de sécurité semblent avoir du mal à faire face. Dans les zones reculées, elles ont délégué la justice et la police aux mains de milices d'autodéfenses citoyennes, ouvrant la voie à des conflits ethniques.

Dans le village couleur poussière, ils sont rassemblés sous un grand manguier. Une quarantaine d'hommes, aux visages fermés et durs, assis en cercle au milieu duquel les visiteurs étrangers au village doivent attendre, scrutés, avant d'être autorisés à s'exprimer. Les Koglweogo, le groupe d'autodéfense civil le plus puissant du Burkina Faso, entendent montrer qu'ici, ce sont eux les maîtres.

Une montée en puissance qui date de 2015

Derrière eux, un hangar, rempli de motos volées, qu'ils ont récupérées au cours de raids punitifs. Et puis il y a cet arbre encore, auquel sont enchainés, sous un soleil de plomb, une dizaine d'hommes, aux membres tuméfiés. "Des voleurs de moto, de cigarettes, de batteries... ", explique un Koglweogo, déclenchant des rires moqueurs. Les hommes enchaînés baissent la tête. Le chef des Koglweogo est fier de le rappeler : leur mouvement a été reconnu d'autorité publique par l'État burkinabé, qui leur donne le feu vert pour assurer la sécurité dans leurs villages. Dans sa main, un carnet dans lequel il a noté le numéro de châssis et la plaque d'immatriculation d'un véhicule, signalé comme transportant des jihadistes. "C'est la police qui nous l'a donné, afin de l'informer si on les repère", affirme-t-il.


Gourdins, fusils, couteaux, les Koglweogo sont équipés : "On n'attrape pas les voleurs à mains nues", expliquent-ils, en ajoutant avoir leurs propres "méthodes" pour les (...)

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