Monsieur le Président, quelques mots avant votre voyage en Russie, pays qui m'a sauvé la vie

Marek Halter
L'écrivain Marek Halter le 20 septembre 2015 à Paris.

Monsieur le Président,

Cher Emmanuel Macron,

Vous vous rendez en Russie, pays que j'aime et qui, enfant juif de Varsovie condamné par les nazis à devenir une petite savonnette, me sauva la vie.

C'est pourquoi je suis si attaché à la relation entre la France et ce pays –dont la grandeur tient peut-être davantage à son apport culturel à l'Europe qu'à sa superficie. Il suffit de visiter l'exposition "Chagall, Lissitzky, Malévitch – l'avant-garde russe à Vitebsk" au centre Georges Pompidou pour comprendre ce que l'art européen lui doit.

Or, depuis la présidence de Jacques Chirac, qui se berçait encore du rêve d'une Europe de l'Atlantique à l'Oural chère au général De Gaulle, nos rapports avec la Russie sont devenus plus conflictuels. Ce qui, sous votre présidence, que je souhaitais pourtant de mes vœux, n'a pour l'instant guère changé.

Si j'étais votre conseiller, Monsieur le Président, je ne vous encombrerais pas de fiches inutiles. Vous êtes suffisamment au fait des problèmes à traiter avec les Russes et des intérêts de la France. En revanche, je vous aurais offert deux ou trois livres, de Gogol, Dostoïevski ou Tchekhov, qui sont à mon sens de véritables outils permettant d'aborder toute question avec les Russes en étant sûr d'être compris. J'ai agi ainsi avec vos prédécesseurs qui m'ont fait l'honneur de me demander de les accompagner, bien qu'ils soient partis du principe que ces lectures n'étaient pas nécessaires: l'homme étant universel, il n'y avait aucune raison d'étudier le particularisme de leurs interlocuteurs. Or, justement, si nous sommes tous égaux, nous ne sommes pas tous pareils, ce qu'ils apprirent à leur corps défendant.

La Russie que vous vous apprêtez à visiter, Monsieur le Président, est un pays fier. Quand on demanda à Fiodor Dostoïevski, natif de cette ville de Pierre qui vous attend, ce qu'était pour lui la politique, il répondit: "c'est l'amour de la patrie et rien de plus." Ne pas prendre ce trait national russe en considération, venir, ainsi que...

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