Mondial 2022: Contre l'Écosse, l'Ukraine veut oublier la guerre

Ce mercredi 1er juin, l'Ukraine affronte l'Écosse à Glasgow en demi-finale de barrage pour la Coupe du monde 2022 (photo d'illustration prise le 11 mai lors du match amical entre l'Ukraine et le club allemand du Borussia Mönchengladbach). (Photo: Ying Tang / NurPhoto / Getty Images)
Ce mercredi 1er juin, l'Ukraine affronte l'Écosse à Glasgow en demi-finale de barrage pour la Coupe du monde 2022 (photo d'illustration prise le 11 mai lors du match amical entre l'Ukraine et le club allemand du Borussia Mönchengladbach). (Photo: Ying Tang / NurPhoto / Getty Images)

Ce mercredi 1er juin, l'Ukraine affronte l'Écosse à Glasgow en demi-finale de barrage pour la Coupe du monde 2022 (photo d'illustration prise le 11 mai lors du match amical entre l'Ukraine et le club allemand du Borussia Mönchengladbach). (Photo: Ying Tang / NurPhoto / Getty Images)

FOOTBALL - Une semaine de normalité au milieu de l’inconcevable. Ce mercredi 1er juin, à Hampden Park, à Glasgow, l’équipe nationale ukrainienne de football affronte l’Écosse dans une demi-finale de barrage qui doit lui permettre de se rapprocher de la Coupe du monde au Qatar, organisée du 21 novembre au 18 décembre 2022.

Un rendez-vous qui a été reporté en mars dernier du fait d’une actualité dramatique: l’invasion de l’Ukraine par la Russie, conflit qui aura débuté depuis 100 jours ce vendredi 3 juin. Une guerre qui a causé la fuite à l’étranger de millions d’Ukrainiens, déplacé un tiers de la population et dont le bilan humain -inconnu à l’heure actuelle- sera cataclysmique.

Mais ce contexte, les joueurs du sélectionneur Oleksandr Petrakov (qui a succédé à l’icône Andreï Chevtchenko en août 2021) doivent en faire abstraction s’ils souhaitent représenter leur pays dans une deuxième Coupe du monde après le quart de finale de 2006.

Un sélectionneur qui a résumé dans les colonnes du magazine Time l’état d’esprit de l’équipe: “Il n’y a aucune colère, juste de la haine” contre l’envahisseur envoyé par le Kremlin. Un sentiment qu’il espère transformer en motivation pour ses hommes, leur permettant de montrer au travers du sport national que non, les Ukrainiens ne sont pas le peuple “inférieur” que la Russie cherche à dépeindre (d’autant qu’historiquement, les succès de l’URSS ont toujours été permis par des joueurs ukrainiens de grand talent).

Une communion nationale qui s’est par exemple retrouvée au moment de l’Eurovision, où l’équipe entière a regardé les Ukrainiens de Kalush Orchestraremporter le télécrochet continental, comme l’a raconté au DailyMail l’attaquant Roman Yaremchouk, 44 buts en sélection au compteur.

Des joueurs qui auraient pu se retrouver au front

Le 24 février, lorsque les bombes ont commencé à s’abattre sur Kiev, Oleksandr Petrakov a tenté de s’engager dans les forces de défense ukrainiennes. Mais du fait de ses 64 printemps, il a été éconduit: “Vous êtes trop vieux et vous n’avez pas de compétences militaires. À la place, vous feriez mieux de nous rapporter la Coupe du monde.” Voilà ce que représente le match contre l’Écosse (et celui qui pourrait suivre contre le pays de Galles en cas de victoire) à Glasgow pour le peuple ukrainien: une parenthèse heureuse, notamment pour les nombreux soldats qui encouragent l’équipe nationale, et l’occasion de voir les couleurs du pays briller ailleurs que sur les champs de bataille.

Sur leur maillot, redessiné depuis le début du conflit, les Ukrainiens arborent le nom des villes qui pays qui subissent les frappes russes depuis la fin du mois de février (photo prise le 11 mai lors de la rencontre contre le Borussia Mönchengladbach). (Photo: Federico Gambarini / picture alliance / Getty Images)
Sur leur maillot, redessiné depuis le début du conflit, les Ukrainiens arborent le nom des villes qui pays qui subissent les frappes russes depuis la fin du mois de février (photo prise le 11 mai lors de la rencontre contre le Borussia Mönchengladbach). (Photo: Federico Gambarini / picture alliance / Getty Images)

Sur leur maillot, redessiné depuis le début du conflit, les Ukrainiens arborent le nom des villes qui pays qui subissent les frappes russes depuis la fin du mois de février (photo prise le 11 mai lors de la rencontre contre le Borussia Mönchengladbach). (Photo: Federico Gambarini / picture alliance / Getty Images)

Mais quid des joueurs dans tout cela? Car sur le terrain, ce mercredi, ce sont onze jeunes hommes qui auraient pu être envoyés au front qui vont porter le maillot créé spécialement en soutien au peuple ukrainien. Pour l’heure, tous essaient de contribuer à leur manière à l’effort national. En se faisant l’écho de la situation en Ukraine, en multipliant les opérations de charité et en jouant des matches à visée philanthropique.

Comme le 11 mai dernier, lorsque l’équipe nationale ukrainienne a affronté, pour son premier match depuis le début de l’invasion, le club allemand du Borussia Mönchengladbach au cours d’une rencontre amicale dont tous les bénéfices ont servi à financer une aide humanitaire. Un match durant lequel les Ukrainiens ont pu sentir le soutien d’un peuple étranger, le stade étant entièrement couvert de jaune et bleu et les slogans anti-guerre résonnant sans arrêt.

Le point de départ d’une “tournée internationale pour la paix” (avec des rencontres similaires contre Empoli en Italie et Rijeka en Croatie) qui a vu les joueurs prendre leurs quartiers à Brod, près de Ljubljana, en Slovénie pour préparer les rendez-vous face à l’Écosse et peut-être au pays de Galles dans les meilleures conditions. Et cela même si les conversations tournent davantage autour des approvisionnements en matériel médical qui ont pu arriver jusqu’au Donbass que des performances sportives de chacun.

Des mois d’incertitude pour les joueurs du championnat national

“Parfois on est soucieux, parce que les roquettes continuent de voler”, a par exemple confié le gardien et capitaine Andriy Pyatov, 37 ans, sur le site de la Fédération. Et son remplaçant, Dmytro Riznyk, d’ajouter: “Des gens meurent chaque jour. On y pense tout le temps, mais on essaie de rester concentrés sur notre métier.”

D’autant que beaucoup des joueurs retenus par Oleksandr Petrakov, dont une vaste majorité évoluent dans le championnat national (au Shakhtar Donetsk, au Dynamo Kiev et au Dnipro-1, les clubs phares du pays), ont vécu la guerre en première ligne. Comme leur sélectionneur, certains ont dû se terrer pendant plusieurs jours dans des caves et des passages sous-terrains avec femme et enfants avant de pouvoir quitter le pays: Serhiy Sydorchuk, avec sa femme et ses jumeaux ont notamment passé des jours cachés dans un parking sous-terrain à Kiev. Et au contraire de leurs adversaires, les Ukrainiens d’Ukraine n’ont plus aucune compétition dans les jambes depuis trois mois, à l’exception de quelques matches exhibitions disputés à l’étranger pour lever des fonds et soutenir les forces armées ukrainiennes.

Le gardien Dmytro Riznyk a par exemple totalement arrêté de s’entraîner entre la mi-février et mai, lorsque ses coéquipiers et lui sont arrivés en Slovénie. Comme lui, beaucoup des joueurs du championnat domestique ont d’ailleurs trouvé du réconfort dans le fait de voir leurs partenaires de sélection continuer à jouer: Zinchenko à Manchester City, Malinovskyi avec l’Atalanta Bergame, le buteur Yarmolenko à West Ham...

Le 11 mai dernier, Mykhailo Mudryk, 21 ans, a inscrit le premier but de l'Ukraine face au Borussia Mönchengladbach, dans ce qui était le premier match de son équipe nationale depuis l'invasion russe. (Photo: picture alliance via dpa/picture alliance via Getty I)
Le 11 mai dernier, Mykhailo Mudryk, 21 ans, a inscrit le premier but de l'Ukraine face au Borussia Mönchengladbach, dans ce qui était le premier match de son équipe nationale depuis l'invasion russe. (Photo: picture alliance via dpa/picture alliance via Getty I)

Le 11 mai dernier, Mykhailo Mudryk, 21 ans, a inscrit le premier but de l'Ukraine face au Borussia Mönchengladbach, dans ce qui était le premier match de son équipe nationale depuis l'invasion russe. (Photo: picture alliance via dpa/picture alliance via Getty I)

Certains joueurs ont d’ailleurs vécu le même drame que leurs compatriotes. À l’image d’Oleksandr Karavayev, arrière latéral qui fêtera ses 30 ans ce jeudi, et qui sait qu’une partie de sa famille est désormais captive de l’armée russe dans la ville occupée de Kherson dont il est originaire. Parmi ces proches empêchés de sortir de la ville figure notamment une belle-sœur qui a accouché d’une petite fille depuis le début du conflit, raconte-t-il à Time. Son coéquipier Taras Stepanenko, lui, a vu un bâtiment être détruit par des missiles russes 20 minutes après qu’il soit passé devant en voiture avec ses trois fils et sa femme au cours de sa fuite vers l’étranger.

“Nous n’avons plus peur de rien”

Et tout cela, c’est sans même évoquer les conséquences plus larges de la guerre sur le football ukrainien: les jeunes du FC Marioupol portés disparus dans les bombardements, le stade Lviv devenu un camp de réfugiés accueillant 3000 lits plutôt que 40.000 spectateurs en liesse, les clubs qui s’organisent pour distribuer de l’aide humanitaire...

Dès lors, facile de comprendre que le match face à l’Écosse sera plus qu’une simple rencontre pour le onze ukrainien, comme l’a résumé Oleksandr Zinchenko, défenseur de Manchester City et star de la sélection. “Il n’est pas nécessaire de parler de motivation: je peux promettre à tous les Ukrainiens que chacun d’entre nous va tout donner pour gagner le match, pour qu’ils soient fiers de nous et, juste peut-être pour quelques secondes, qu’ils aient le sourire”, a-t-il déclaré après être devenu une nouvelle fois champion d’Angleterre. “Ce match est l’un des plus importants de ma vie.”

Ce que confirme auprès de Time son sélectionneur, qui s’avance avec une détermination sans pareille vers la demi-finale de barrage: “Après les missiles, les fusées et les bombes, nous n’avons plus peur de rien.”

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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