«Tout le monde peut y participer»: contre la Russie, la cyberarmée ukrainienne se mobilise

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Depuis le 24 février, les offensives russes sur l'Ukraine se font également par la cybersécurité. Plusieurs attaques ont ainsi été menées, bloquant les banques ukrainiennes ou visant les ministères des Affaires étrangères, de la Défense et de l'Intérieur. Pour riposter, tout le monde est appelé à agir, néophytes comme ingénieurs informatiques.

De nos envoyées spéciales à Odessa,

Sur l’ordinateur blanc d’Andreï, un sticker bleu et jaune indique « IT army of Ukraine ». Depuis sa ville natale, Odessa, l'ingénieur informatique est devenu soldat de cette cyberarmée. « Quand la guerre a commencé le ministère de la Transformation digitale a organisé une chaîne sur l'application Telegram. Une chaîne de cyberguerre. Aujourd'hui il y a près de 300 000 abonnés qui aident notre armée », raconte-t-il.

« Nous piratons par exemple les chaînes de télévisions russes et utilisons ensuite plusieurs stratégies d'information pour pénétrer la mentalité du peuple russe et leur forcer à voir ce qu'il se passe réellement. Si on ne montre que des images de la guerre et de morts, ils ne veulent pas y croire. Donc on essaie de trouver les bons moyens d'atteindre nos cibles », ajoute Andreï.

En plus de la chaîne gouvernementale, la communauté des ingénieurs informatiques d’Odessa a mis en place un site internet adressé à tous les Ukrainiens formés, ou non, au cyberactivisme. « C'est un site très simple. Il faut juste allumer votre VPN pour masquer votre adresse IP. Ensuite vous choisissez la cible de votre attaque, par exemple, les médias russes ou les services gouvernementaux. Vous voyez par exemple si je veux attaquer les banques, je clique ici. Là, mon ordinateur va envoyer autant de requêtes qu'il peut », raconte Léon.

Le but ? Saturer les serveurs informatiques. « Si nous le faisons à plusieurs, les serveurs vont être submergés par des millions de requêtes simultanées. Ils ne sauront pas lesquels prioriser et ils seront bloqués. Ce système simple fonctionne depuis le 24 février. Tout le monde peut y participer. Certains Russes l'utilisent aussi », explique Léon en riant.

« Nous subissons des attaques très puissantes de la part de la Russie »

Assise sur la table d'à côté, dans ce centre qui accueille plusieurs initiatives civiques, une femme vient aborder les cyberactivistes. « Excusez-moi, je voudrais partager mon expérience », indique-t-elle.

« Je ne suis pas informaticienne. Cette cyberguerre me semblait trop compliquée. Mais ce qui est super dans ce projet c'est que vous pouvez simplement lancer l'attaque avant d'aller dormir et après vous n'avez qu'à laisser votre ordinateur allumé et vous sentez que vous aidez. Aujourd'hui, les gens aident physiquement mais ils se fatiguent. Ils aident financièrement mais c'est de plus en plus difficile car beaucoup de gens ont perdu leur emploi. Donc c'est une solution brillante », commente-t-elle.

Mais malgré l'ampleur de la mobilisation, Andreï reconnait que le combat est dur. « Vous ne pouvez pas voir cette guerre parce qu'elle n'est pas physique. Mais les Russes ont commencé à nous attaquer deux mois avant le début de la guerre. En 2014, quand ils ont pris le contrôle d'une partie de l'Ukraine, des régions de Louhansk et Donetsk ainsi que de la Crimée, ils en ont profité pour semer des virus dans tous nos centres de données à travers l'Ukraine. Ils les ont tous activés le 24 février. Donc oui, nous subissons des attaques très puissantes de la part de la Russie. Mais nous sommes forts et avons reconstruit nos infrastructures et ces deux derniers mois nous avons réussi à répondre efficacement à la Russie », dit-il.

Les cyberactivistes sont également mobilisés auprès des civils. Une assistance psychologique en ligne a été mise en place, ainsi qu'une galerie d'art virtuelle basée sur les cryptomonnaies. Les artistes ukrainiens peuvent y vendre leurs NFT, des œuvres d'art numérique. 50% des recettes sont ensuite reversées à des organisations humanitaires.

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