Moldavie: second tour serré en perspective pour l'élection présidentielle

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Le second tour de l’élection présidentielle en Moldavie a lieu ce dimanche 15 novembre 2020. La candidate pro-européenne Maia Sandu, arrivée en tête au premier tour, y affronte le président sortant Igor Dodon, favorable à un rapprochement avec la Russie. Un scrutin très serré, qui pourrait être entaché de fraudes.

De notre correspondant à Chisinau, Sébastien Gobert

Ce n’est pas la première fois que la Moldavie est à la croisée des chemins entre l’est et l’ouest. Mais cette élection présidentielle est spéciale. Il s'agit de la première à être organisée depuis la fuite de l’oligarque Vlad Plahotniuc, qui avait mis l’État à sa botte pendant des années.

Pour reconstruire le pays, Igor Dodon, familier du Kremlin, propose des politiques d’aides sociales financées par une relation plus étroite avec la Russie. Sa rivale, Maia Sandu, mène quant à elle campagne en faveur de réformes libérales de choc

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« En premier lieu, il faut lutter contre la corruption, c’est le plus gros problème de ce pays, a déclaré Maia Sandu. Les changements que je propose sont ceux qu’attendent tous les Moldaves, qu’ils regardent à l’ouest ou à l’est, qu’ils parlent roumain ou russe ».

Reste que Maia Sandu regarde bien à l’ouest : elle soutient ouvertement l’intégration européenne de la Moldavie. Favorite des sondages, elle pourrait se heurter à deux écueils : d’une part, la possibilité de fraudes électorales ce dimanche 15 novembre, et d’autre part, si elle est élue présidente, il lui faudra composer avec un Parlement dans lequel ses soutiens sont minoritaires.

Aussi, il est clair pour l’ensemble des observateurs que sa victoire ne serait qu’une étape vers des élections législatives anticipées.

♦ La diaspora moldave plus favorable à Sandu

Au premier tour, Maia Sandu a obtenu un soutien inédit des électeurs votant à l'étranger. Ce vote de la diaspora, qui représenter jusqu’à 40% des citoyens moldaves selon les estimations, pourrait faire pencher la balance.

70% pour Maia Sandu, moins de 4% pour Igor Dodon : le résultat du premier tour dans la diaspora moldave a été sans appel. Une diaspora qualifiée d’ « électorat parallèle » par le président sortant.

Ces déclarations négatives risquent d’amener encore plus d’électeurs dans les bureaux de vote à l’étranger, pronostique Dorin Dusciac de l’association pour l’intégration des migrants en France :

« Depuis le premier tour on voit en fait une mobilisation plus importante de la dispora et si la mobilisation au second tour dépasserait les 200 000 personnes c'est quasiment certain que Igor Dodon n'a plus aucune chance d'emporter les élections. »

200 000 votants à l’étranger, ce serait 50 000 de plus qu’au premier tour. La réserve de voix est importante pour une diaspora qui pourrait représenter jusqu’à un million de personnes. Igor Dodon s’est aliéné cette partie de la population bien avant l’élection estime le chercheur Valeriu Pasa :

« Par exemple, lorsque la pandémie a débuté, il a tout mis sur le dos de la diaspora en disant qu’elle avait importé le Covid. À cause des mesures de confinement, les gens ont dû rentrer en Moldavie car ils n’avaient plus de travail. Mais le gouvernement leur a imposé une assurance santé sans laquelle n’avaient pas le droit d’entrer en Moldavie. »

Au premier tour, 14 000 Moldaves avaient voté en France. Selon les estimations, ils ne représentent que le tiers voire le quart du nombre total d’expatriés dans le pays.

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