En Moldavie, une élection présidentielle sous l'oeil de Moscou

Mihaela RODINA
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Les Moldaves votaient dimanche lors d'une élection présidentielle clé, sous l'oeil attentif de Moscou qui souhaite voir le chef de l'Etat sortant réélu face aux candidats pro-européens, sur fond d'inquiétude liée aux mouvements de contestation secouant l'espace ex-soviétique.

La Moldavie, une ancienne république soviétique de 3,5 millions d'habitants nichée entre la Roumanie et l'Ukraine, a été frappée ces dernières années par des crises politiques à répétition et par une gigantesque fraude bancaire portant sur un milliard de dollars, soit 15% de son produit intérieur brut.

Les forces favorables à un rapprochement avec la Russie et les partisans d'une intégration dans l'Union européenne se sont alternés au pouvoir, sans jouir d'une majorité claire.

"Depuis trente ans, nous attendons un changement. Comment voulez-vous que les gens qui travaillent à l'étranger reviennent tant qu’il y aura autant de corruption ici ?", s'interroge Vasile Mardare, un professeur de sport âgé de 64 ans. "J’ai voté pour un candidat qui rapprochera la Moldavie du niveau de vie de l'Occident", confie-t-il à l'AFP.

Valentin, 27 ans, un ouvrier du bâtiment, dit ne pas vouloir émigrer, contrairement à près d'un million de ses concitoyens. "Mon avenir est ici mais je suis très déçu par les hommes politiques", affirme-t-il, en sortant d'un bureau de vote de la capitale Chisinau.

La participation dans ce bureau, où le vote est suivi par deux diplomates américains, est "plus faible que d'habitude en raison sans doute de la pluie" qui tombe sans discontinuer depuis la veille, regrette un observateur.

Si huit candidats sont en lice, les experts s'attendent à un duel entre le président sortant Igor Dodon et sa rivale de centre droit Maia Sandu. Un second tour est prévu le 15 novembre.

A la présidence depuis 2016, M. Dodon, 45 ans, promet "la poursuite d'une coopération bénéfique avec la Russie" et l'apprentissage obligatoire du russe à l'école dans ce pays majoritairement roumanophone, un programme qui lui a valu les louanges de son homologue Vladimir Poutine.

"La Moldavie doit tout faire pour éviter le chaos", a déclaré M. Dodon. Il a précisé avoir voté "pour une Moldavie forte, pour le développement économique, la stabilité politique et un équilibre dans les relations avec les partenaires étrangers".

Mme Sandu, 48 ans, qui a travaillé pour la Banque mondiale et a brièvement été Première ministre en 2019, promet elle un rapprochement avec l'UE.

"J’ai voté pour un Etat qui oeuvre pour ses citoyens, qui crée des opportunités d’emploi et améliore les conditions de vie. Mais pour cela il faut chasser la corruption et l’incompétence de la présidence", a-t-elle lancé, appelant les Moldaves à voter en nombre.

- Tiraillement Russie/UE -

Selon l'expert Valeriu Pacha, les Moldaves vont pouvoir choisir entre la voie d'une "intégration européenne plus intense – un domaine où la Moldavie enregistre de nombreux retards" et le maintien du régime actuel, "totalement subordonné au Kremlin".

Considérée comme l'un des pays les plus pauvres d'Europe, la Moldavie est connue pour son industrie viticole et un conflit gelé avec des séparatistes pro-russes, en Transnistrie, qui ont fait sécession en 1992 après une guerre éclair. Moscou y déploie depuis des troupes.

Chisinau avait signé en 2014 un accord d'association avec l'UE, mais ces dernières années des scandales de corruption au sein des élites moldaves ont mis en péril l'aide financière vitale des Occidentaux. 

Avant le scrutin, des experts ont évoqué la possibilité d'un "scénario" Bélarus, où la réélection contestée en août du président Alexandre Loukachenko, soutenu par Moscou, suscite un mouvement de contestation historique.

Alors qu'une crise politique agite également l'ex-république soviétique du Kirghizstan, le patron du renseignement extérieur russe (SVR), Sergueï Narychkine, a accusé la semaine dernière Washington de fomenter "un scénario révolutionnaire" avant la présidentielle en Moldavie.

Quelque 2.200 observateurs, dont une trentaine envoyés par l'OSCE, sont déployés à travers le pays, où les électeurs ont été invités à voter munis de masques et de gants pour limiter l'épidémie de coronavirus. 

Les restrictions mises en place par différents pays contre le virus risquent d'ailleurs d'empêcher de voter bon nombre de Moldaves de la diaspora.

Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (05H00 GMT) et fermeront à 21H00. Les premiers résultats devraient être connus dans la nuit.

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