Un mois de manifestations au Venezuela: ce que l'on sait

Des étudiants affrontent les forces de l'ordre lors d'une manifestation à Caracas, le 4 mai 2017

Caracas (AFP) - Au Venezuela, la vague de manifestations hostiles au président Nicolas Maduro, en marge desquelles des violences ont fait une trentaine de morts, ne faiblit pas. Voici ce que l'on sait sur cette crise:

- L'étincelle: la Cour suprême -

Le 29 mars, la Cour suprême, plus haute juridiction du Venezuela réputée proche du pouvoir, prive de leur immunité les députés, ce qui les expose à de possibles procès.

Sa décision apparaît comme une sanction contre le pouvoir législatif, le seul contrôlé, depuis fin 2015, par les antichavistes (du nom de l'ancien président Hugo Chavez, 1999-2013).

La Cour suprême renforce aussi les pouvoirs du chef de l'Etat, habilité à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la "stabilité démocratique"

Le lendemain, elle décide de s'octroyer les prérogatives du Parlement, permettant ainsi au régime présidentiel vénézuélien de concentrer tous les pouvoirs: exécutif, armée, justice et législatif.

La décision est rejetée par l'opposition comme un "coup d'Etat" et suscite un tel tollé diplomatique que la Cour suprême fait marche arrière 48 heures plus tard.

- L'annonce-choc: une constituante -

Le 1er mai, un mois pile après le début de la vague de protestations de l'opposition, le chef de l'Etat annonce la convocation d'une assemblée constituante, qui aura pour mission de rédiger une nouvelle Constitution afin de remplacer celle de 1999.

Cette Constitution, adoptée à l'initiative de Hugo Chavez, président de 1999 jusqu'à son décès en 2013 et mentor de M. Maduro, avait été rédigée par 131 constituants élus au suffrage direct, universel et secret, puis approuvée par référendum.

Les antichavistes y voient une manoeuvre destinée à repousser les élections et à s'accrocher au pouvoir.

L'élection des 500 membres de cette assemblée "populaire, citoyenne, ouvrière", dont la moitié seront désignés par différents secteurs de la société (syndicats, minorités sexuelles, retraités, etc), se fera "dans les prochaines semaines", selon M. Maduro. L'autre moitié sera élue selon un découpage territorial par circonscriptions régionales.

Si le dirigeant socialiste n'a pas encore détaillé les changements exacts qu'il souhaitait introduire dans la Constitution, ses adversaires redoutent le pire.

Certains juristes se montrent méfiants: Enrique Sanchez estime que le clan présidentiel pourrait "manipuler l'élection" des membres de cette assemblée pour la composer de partisans de M. Maduro, enclins à tout faire pour le maintenir au pouvoir.

Ce long processus pourrait également bousculer le calendrier électoral: outre les élections des gouverneurs, programmées en 2016, qui ont été reportée sine die, des municipales sont prévues en 2017, avant la présidentielle de fin 2018.

- L'objectif de l'opposition: des élections anticipées -

L'opposition de centre droit s'est justement fixé un objectif principal: obtenir le départ de Nicolas Maduro avant la fin de son mandat en décembre 2018.

Faute d'avoir pu organiser un référendum révocatoire comme elle le souhaitait au départ, elle exige désormais des élections générales anticipées et l'abandon du projet de nouvelle Constitution.

Surfant sur le vif mécontentement populaire dans ce pays pétrolier qui a plongé dans une profonde crise économique avec la chute des cours du brut, elle mise sur "la pression en interne et à l'international", selon le chef de l'opposition vénézuélienne Henrique Capriles.

Sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ du président Maduro, selon un sondage de Venebarometro.

- Bilan: des morts et des prisonniers -

Presque toutes les marches ont dégénéré en heurts, pillages, échanges de gaz lacrymogènes et de cocktails Molotov entre manifestants et forces de l'ordre. A cela s'est ajoutée la violence exercée par les "colectivos", des groupes de civils armés par le gouvernement, assure l'opposition.

On compte déjà 33 morts, selon le parquet, qui dénombre aussi des centaines de blessés et plus d'un millier de personnes ont été interpellées pour divers troubles et saccages, la plupart brièvement.

Ce bilan est le plus lourd depuis la vague de manifestations de 2014, qui avait fait officiellement 43 morts.

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