Moins mignonnes, plus violentes... le retour inattendu des licornes dans le cinéma d'animation

Une scène du film
Une scène du film

Les licornes se rebiffent. On les croyait mignonnes, et galopant sur des arcs-en-ciel, elles se révèlent sous un autre jour dans le film Unicorn Wars et la série Unicorn: Warriors Eternal. Deux œuvres présentées cette semaine au festival du cinéma d'animation d'Annecy, qui réinventent cet animal mythologique et en dévoilent la face sombre.

"Ces deux œuvres n'ont rien à voir l'une avec l'autre", précise à BFMTV Marcel Jean, le délégué artistique du Festival. "Mais on constate un renouveau de la licorne dans l'imagerie populaire, voire une réévaluation de sa place dans l'imaginaire. Le dragon était peut-être trop envahissant comme figure."

"Ce sont des projets qui, par le hasard du calendrier, se retrouvent à Annecy la même année, mais on les suit depuis un bon moment déjà", ajoute Marcel Jean. "Unicorn Wars est un projet que l'on a vu grandir ici à Annecy au fil des années. Unicorn: Warriors Eternal est un projet de Genndy Tartakovsky, une figure familière ici."

"Cette résurgence de la licorne remonte à une petite vingtaine d'années", souligne de son côté l'historien Bruno Faidutti, auteur de Licornes: Métamorphoses d'une créature millénaire (Ynnis). "J'ai cru il y a quatre ou cinq ans que c'était un peu terminé. Les marchands de jouets avaient un petit peu parié sur le lama pour remplacer la licorne, mais visiblement, ça n'a pas pris et la licorne est toujours là."

Entre "Apocalypse Now", "Bambi" et "La Bible"

Signé par le réalisateur espagnol Alberto Vazquez, Unicorn Wars met en scène un conflit opposant oursons et licornes. Un affrontement aux allures de guerre sainte, où les oursons accusent les licornes d'avoir volé leurs terres sacrées. La prophétie raconte que l'ourson buvant le sang de la dernière licorne deviendra éternellement beau...

L'histoire suit le destin de deux frères, le soldat Célestin, qui convoite le sang des licornes, et son frère Dodu, objet de ses moqueries. Engagés dans une unité peu préparée au combat, ils partent accomplir dans la forêt magique une mission qui déclenche l'affrontement final entre oursons et licornes.

Croisement entre Apocalypse Now, Bambi et La Bible, Unicorn Wars est une fable pacifique, raconte Alberto Vazquez: "Je voulais parler des guerres qui détruisent l'humanité depuis des millénaires. Les oursons représentent les sociétés militaires et religieuses qui contrôlent l'opinion publique."

"Une tradition qui remonte au Moyen Âge"

Inspiré d'une BD d'Alberto Vazquez, qui en a tiré un court-métrage en 2013, Unicorn Wars est "un film dur et violent". "Je voulais choquer un peu le public", assume-t-il. Il montre des licornes noires surpuissantes, empalant facilement les oursons. "Je voulais qu'elles aient l'air de bêtes sauvages, qu'elles ressemblent à des loups."

Un choix dicté aussi par des contraintes budgétaires. "Dans certaines scènes il y en a une vingtaine à l'écran simultanément! On les a créées en 3D, en s'appuyant au maximum sur leurs silhouettes. Pour cela, j'ai été très inspiré par le travail de la réalisatrice allemande Lotte Reiniger, connue pour ses films avec des ombres chinoises."

Cette image inattendue d'une licorne guerrière renoue en réalité avec ses origines médiévales de l'animal, note Bruno Faidutti: "Les premières licornes étaient violentes. C'était une sale bête et c'est à la Renaissance que c'est devenu quelque chose de plus gentil, toujours blanc, qui accompagnait tranquillement une belle dame."

Depuis une trentaine d'années, poursuit le spécialiste, cette image a beaucoup évolué et les artistes prennent davantage de liberté avec le mythe: "Il y a un peu plus de licornes noires avec naseaux fumants qu'il y a quelques années." Mais dans Unicorn Wars, les licornes ne sont pas complètement maléfiques, précise Alberto Vazquez:

"Mes licornes sont perçues par les oursons comme des démons, mais leur objectif est de soigner la nature. Dans mon film, toutes les licornes sont des femmes tandis que les oursons sont des hommes. Je voulais opposer une société masculiniste - les oursons - à un groupe féministe - les licornes."

Licornes moins politiques

Unicorn: Warriors Eternal, la nouvelle série de Genndy Tartakovsky (Primal, Samurai Jack), propose au public une vision moins politique de la licorne. Le réalisateur d'Hôtel Transylvanie conte les aventures de héros antiques protecteurs de l'humanité dans un monde où les licornes maintiennent l'ordre et la morale.

Mais lorsque ce groupe de héros, plongé en hibernation pendant des siècles, se réveillent trop tôt, ils se réincarnent dans le corps d'adolescents dans un monde qui a oublié leur existence et l'importance des licornes dans la paix mondiale. Et rapidement, une mission leur incombe: sauver le monde.

Le premier épisode de cette série pour adolescents a été présenté en exclusivité au festival d’Annecy. Située à Londres en 1890, l’histoire mêle sorcellerie, mythologie antique et steampunk. On y retrouve l'influence de mangas cultes comme Astro Boy d'Osamu Tezuka, mais aucune licorne, malgré la promesse du titre.

Une licorne apparaît seulement très brièvement dans le premier épisode mais occupe un rôle secondaire dans cette histoire. Elle est l'emblème de ce groupe, et son effigie est représenté sur un médaillon détenu par l'un des héros. Celui-ci permet de transformer tout individu en figure super-héroïque dotée de pouvoirs hors du commun.

Une autre licorne a pris enfin d'assaut Annecy par surprise: une licorne masculine, dotée d'une moustache et parlant avec un accent allemand. On peut la trouver dans Luck, film d’animation diffusé cet été sur la plateforme Apple TV+. Inversant les clichés des licornes et les stéréotypes masculins, celle-ci est... homme de ménage.

Article original publié sur BFMTV.com

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