Moins d'insectes sur nos pare-brises? Ce phénomène est bien réel

En 2020, il est rare de voir son pare brise recouvert d'insectes écrasés. (Photo: CBCK-Christine via Getty Images)

ENVIRONNEMENT - C’est quelque chose d’intuitif, que vous avez peut-être constaté ou que l’on vous a rapporté à plusieurs reprises: lors des grands trajets de vacances, plus besoin de nettoyer le pare-brise de la voiture: il n’est plus recouvert d’insectes écrasés.

Ce phénomène constaté empiriquement est souvent utilisé pour prouver la disparition en grand nombre des insectes (par ailleurs démontrée via diverses études, nous y reviendrons). Une analyse réalisée par une ONG britannique vient de prouver que ce phénomène est bien réel, rapporte The Guardian ce mercredi 12 février.

L’ONG “Kent Wildlife Trust” a demandé en 2019 à des volontaires d’installer un “éclaboussomètre” sur leur plaque d’immatriculation, pour quantifier la disparition des insectes sur près de 700 trajets. Par rapport à 2004, où une étude utilisant le même protocole avait été réalisée, la baisse est de 50%.

Pour repérer les insectes écrasés, l'ONG Kent Wildlife Trust a installé un "éclaboussomètre" sur les plaques d'immatriculation. (Photo: Kent Wildlife Trust)

Évidemment, cette expérience n’est pas parfaite: comme elle n’a pas été réalisée tous les ans, on pourrait imaginer que ce soit lié à un phénomène bien particulier, qui a causé cette disparition en 2019. Mais l’année dernière, une étude similaire a été publiée dans la revue Ecology and Evolution.

L’auteur a analysé l’évolution au Danemark du nombre d’insectes écrasés sur des pare-brises sur 65 trajets par an de 1997 à 2017. La chute constatée est de 80%. Un chiffre qui se retrouve également dans des analyses de filets et autres attrape-mouches dans le pays.

Avertissement et solutions

Le test du pare-brise est très parlant car tout le monde peut en faire l’expérience, mais c’est loin d’être le seul indicateur montrant un déclin des insectes (et de la biodiversité en général). Ces dernières années, les études accablantes se multiplient:

  • 2017: En 27 ans, chute de 75% de la biomasse (le nombre d’individus d’une espèce) d’insectes en Allemagne
  • 2018: Biomasse des insectes et autres invertébrés (arthropodes) divisée par 10 à 60 depuis 1970 à Porto Rico.
  • 2019: Chute de 61% de la biomasse de papillons et 42% des scarabées en Allemagne en 27 ans

En parallèle, de récentes études ont montré un déclin des oiseaux (qui se nourrissent d’insectes) aux États-Unis, mais aussi en France.

Dans deux études publiées dans Biological Conservation le 9 février, une trentaine de chercheurs alertent sur cette disparition massive. Si nous connaissons à peine un cinquième des espèces d’insectes, 5 à 10% d’entre-elles (250.000 à 500.000) se seraient éteintes depuis l’ère industrielle, affirment-ils. Et sur le million d’espèces menacées, selon le rapport de l’IPBES (le GIEC de la biodiversité), la moitié sont des insectes.

“Les activités humaines sont responsables de presque tous les déclins et extinctions d’espèces actuelles”, rappellent les auteurs. La perte d’habitat serait la cause principale, mais le réchauffement climatique, l’importation d’espèces invasives, la pollution et la surexploitation sont des facteurs aggravants.

Face à ce constat, les chercheurs listent également des solutions pour empêcher ce déclin. Citant de nombreuses réponses techniques qui ont prouvé leur efficacité localement pour sauvegarder les populations d’insectes, les auteurs appellent à ”étendre ces stratégies à un nouveau global”.

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