«Mister Universo», le goût du sort

Libération.fr

Un dompteur arpente l’Italie en quête de celui qui lui offrit jadis son porte-bonheur perdu. Une très délicate dérive au gré des présages.

Une scène de Mister Universo suit deux de ses personnages principaux, Tairo et Wendy, vers un lieu singulier près de Rome. Sur une route de campagne en montée, les objets roulent dans l’autre sens, comme s’ils descendaient, à contre-courant. C’est bien l’image centrale du film, sa clé généreusement offerte au spectateur, une allégorie partagée à notre usage. Tizza Covi et Rainer Frimmel filment des êtres et des forces - les secondes accompagnant les premiers ou les désavouant, forces qu’ils s’approprient, qu’ils observent ou qu’ils actionnent, avec lesquelles ils vivent.

Film à contre-courant, contre toute gravité. Lorsque Tairo, jeune dompteur de fauves, abandonne le cirque où ils travaillent pour se lancer dans une quête qui sera le moteur d’un récit très limpide, Wendy provoque une scène semblable. Elle jette dans l’eau courante d’une rivière un objet rituel, fabriqué pour contrer le mauvais sort en le laissant filer. Une fois Wendy partie, la coupelle remonte seule le flux vers son point de départ. Ce qui semble un mauvais présage pour Tairo pourra aussi bien ne pas l’être : si Mister Universo est plein de signes, seule la vie, et non la règle, décide de leur sens. Ce qui remonte le courant, refusant d’être abandonné au grave destin, porte une chance qui pourra être saisie. Le sens de toute superstition est réversible - dans la vie, ce sur quoi on a prise et ce sur quoi on n’a pas prise du tout échangent leurs places et s’assemblent en un même présage, qui donne à la quête sa force pas jouée d’avance.

Tairo, perdant l’objet qui depuis son enfance lui portait bonheur, part à travers l’Italie à la recherche de sa source : un certain Arthur Robin, sacré Mister Univers 1957, ayant autrefois plié de ses mains nues le morceau de fer où se concentre pour Tairo la fortuna. La force d’une part, la fortune d’autre part, sont les deux (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

«Jeanne», habemus papesse
Vite vu
Kore-eda, vies de «Tempête»
Ticket d’entrée
«Je ne suis pas votre nègre», magistrale généalogie du racisme aux Etats-Unis

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages