Mis en échec à l'Assemblée sur la loi Covid-19, le gouvernement peut-il rebondir au Sénat?

La Première ministre Elisabeth Borne le 13 juillet 2022 à l'Elysée. - Ludovic Marin/AFP
La Première ministre Elisabeth Borne le 13 juillet 2022 à l'Elysée. - Ludovic Marin/AFP

Tenter de sortir de l'ornière. Le gouvernement s'est vu infliger un camouflet lors du tout premier examen de loi de la nouvelle mandature, ne parvenant pas à convaincre les députés de rouvrir la possibilité d'instaurer le pass sanitaire aux frontières. De quoi donner des sueurs froides à la Première ministre, à l'approche de l'examen de textes à haut risque politique comme celui sur le pouvoir d'achat.

L'heure est donc à tenter de trouver une solution en s'appuyant sur le Palais du Luxembourg, où la droite est majoritaire. Élisabeth Borne a d'ailleurs lancé un message très clair aux sénateurs.

"Passée l’incrédulité sur ce vote, je me battrai pour que l’esprit de responsabilité l’emporte au Sénat", a twitté la locataire de Matignon dans la nuit de mardi à mercredi.

C'est en effet la chambre haute qui a désormais la main sur le texte. Elle a commencé ce mercredi à auditionner François Braun, le ministre de la Santé qui défend le texte, avant de débattre en séance à partir du 20 juillet prochain. Une fois voté par le Sénat, le projet de loi modifié redeviendra à l'Assemblée nationale avant d'être éventuellement débattu en commission paritaire mixte pour parvenir à un accord entre les deux chambres.

Les sénateurs "n'ont pas de leçon à recevoir"

De quoi laisser espérer au gouvernement que les sénateurs de droite accepteront, eux, la possibilité de rétablir un pass sanitaire aux frontières. Bruno Retailleau, le patron du groupe LR, dont ses collègues à l'Assemblée ont été nombreux à rejeter cet article, a d'ailleurs été clair ce mercredi.

"Sur ce texte, j’ai toujours été favorable aux contrôles aux frontières. La meilleure façon de protéger les Français est de protéger les frontières", a assuré l'élu de Vendée sur France 2.

Mais cet ancien proche de François Fillon veut du donnant-donnant et avance "avoir des questions à poser sur la réintégration du personnel soignant" alors même que François Braun n'a eu de cesse à l'Assemblée nationale de refuser tout pas dans cette direction.

Philippe Bas, l'ancien président de la commission des Lois au Sénat et désormais questeur, a été, lui, encore plus direct.

"Le Sénat n’accepte jamais de pressions d’où qu’elles viennent et n’a pas de leçon de responsabilité à recevoir. Quant au gouvernement, qu’il démontre sa bonne foi en dialoguant et en cherchant l’accord", a écrit sur Twitter le sénateur de la Manche, dont la position pèse au Palais du Luxembourg.

Le rapporteur LR du texte pense cependant qu'"il y a un chemin possible", y compris sur les soignants non vaccinés, évoquant auprès de l'AFP "un article plus circonscrit" qui pourrait lever "le malaise" apparu à l'Assemblée.

Borne a tenté d'arrondir les angles ces derniers jours

Consciente de l'importance de l'institution dans la nouvelle donne parlementaire et d'une certaine défiance à son égard, Élisabeth Borne a lancé une vaste opération séduction mercredi dernier devant les sénateurs après son discours de politique générale à l'Assemblée.

"Je n’imagine pas la République sans vous" avait-elle commencé d'emblée avant d'appeler "à s'inspirer de l’expérience et des pratiques du Sénat".

La déclaration d'amour a été eu d'autant plus de saveur dans l'hémicycle du palais du Luxembourg que les sénateurs se sont jugés à plusieurs reprises maltraités par Emmanuel Macron avec qui les relations ont souvent été tendues, comme à l'occasion de la commission d'enquête sur Alexandre Benalla.

La nécessité de "jouer finement"

Cela sera-t-il suffisant? Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement, s'est dit ce mercredi "confiant", en expliquant que les sénateurs avaient voté la mise en place du pass sanitaire "en responsabilité" à l'automne 2021. Peut-être bien mais les sénateurs avaient également posé leur limite, en fixant une date de fin du dispositif 6 mois plus tôt que celle espérée par le gouvernement.

"Si l'exécutif joue finement, on va voter le texte dans son intégralité. Mais s'il sort ses gros sabots et ne montre pas la volonté d'arrondir et de faire un pas vers les soignants non-vaccinés, j'ai un gros doute", analyse l'un des poids lourds du Sénat auprès de BFMTV.com.

La mise en garde a le mérite de la clarté.

Article original publié sur BFMTV.com

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