Des milliers de manifestants au Soudan, sous les gaz lacrymogènes

Des milliers de Soudanais ont manifesté dimanche, sous les gaz lacrymogènes tirés par les forces de l'ordre, pour réclamer un pouvoir civil dans leur pays où l'armée est seule aux commandes depuis un putsch il y a un an, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Le coup d'Etat mené le 25 octobre 2021 par le chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, a brutalement arrêté la transition démocratique lancée en 2019 après la chute de la dictature islamo-militaire d'Omar el-Béchir.

Depuis, chaque semaine, les manifestants pro-démocratie descendent dans la rue. Dimanche, ils étaient mobilisés par milliers à Khartoum et dans plusieurs villes malgré une répression qui a déjà fait 119 morts et des milliers de blessés, selon des médecins.

"On continue notre mouvement, on garde nos trois principes: pas de négociation, pas de partenariat et pas de légitimité (pour l'armée), jusqu'à ce qu'on fasse tomber le régime", déclarait à l'AFP une manifestante, Asma Harzaoui, à Khartoum.

"Les militaires à la caserne", criait la foule en se dirigeant vers le palais présidentiel dans le centre de Khartoum, où siège le chef de l'armée.

Les autorités avaient bloqué trois ponts reliant la capitale à ses banlieues et installé un dispositif antiémeute comprenant des canons à eau. La police a tiré des grenades lacrymogènes pour tenter de disperser la foule aux abords du palais, selon un journaliste de l'AFP.

A Omdourman, dans la banlieue nord-ouest de Khartoum, les manifestants ont érigé des barricades et les forces de sécurité ont répliqué en tirant des grenades lacrymogènes sur ceux qui tentaient de franchir un des ponts fermés, a rapporté un photographe de l'AFP. Des scènes similaires ont eu lieu à Bahri, un quartier du nord de la capitale.

"Actuellement on vit dans un non-Etat, nous on veut un vrai Etat donc on poursuit notre mouvement avec des milliers de manifestations, à Khartoum, à Omdourman, à Wad Madani, dans toutes les provinces, le peuple tout entier est dans la rue", témoignait un manifestant, Momen Wad Zineb.

Selon des habitants, des centaines de Soudanais ont aussi manifesté dimanche à Wad Madani et al-Obeid, dans le centre du pays, à Kassala, à Gedaref et à Port Soudan, dans l'est.

- "La chute du régime" -

"Le peuple veut la chute du régime", scandaient les manifestants, reprenant le slogan du Printemps arabe de 2011.

Mardi, un an après le putsch durant lequel le chef de l'armée a fait arrêter les dirigeants civils avec lesquels il avait accepté de partager le pouvoir en 2019, des milliers de personnes avaient défilé dans différentes villes.

Face à une mobilisation d'une ampleur inédite depuis des mois, aucun tir n'a retenti mais un manifestant est mort, "renversé par un véhicule militaire".

Dimanche, les protestataires brandissaient les portraits des manifestants tués et des drapeaux soudanais.

Un an après le putsch, aucun observateur n'imagine possible la tenue des élections promises à l'été 2023 et aucune figure politique ne semble prête à rejoindre le gouvernement civil annoncé par le général Burhane.

Le camp pro-démocratie redoute un retour à l'ancien régime du général Omar el-Béchir. Il en veut pour preuve le fait que de nombreux islamistes ont retrouvé les postes qu'ils occupaient au sein du pouvoir islamo-militaire qui régna sur le Soudan de 1989 à 2019.

- Inflation et pénuries -

Samedi, plusieurs milliers d'islamistes ont manifesté devant la délégation de l'ONU à Khartoum, dénonçant comme une "ingérence" les médiations internationales qui tentent de relancer la transition démocratique.

Le Soudan, l'un des pays les plus pauvres au monde, avec l'armée quasiment toujours aux manettes depuis l'indépendance, ne cesse de s'enfoncer dans le marasme économique et politique.

Les conflits tribaux y sont en hausse du fait, disent les experts, du vide sécuritaire créé par le coup d'Etat dans ce pays où la question de l'accès à la terre est très sensible, agriculture et élevage représentent 43% des emplois et 30% du PIB.

Entre inflation à trois chiffres et pénuries, un tiers des 45 millions de Soudanais souffrent de la faim, 50% de plus qu'il y a un an, selon le Programme alimentaire mondial.

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