Le militant d'extrême droite Ryssen jugé en appel pour son livre aux "propos antisémites d’une extrême violence"

Ambre Lepoivre
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Un exemplaire du Code pénal au tribunal de Nîmes, le 16 décembre 2013. (Photo d'illustration) - Pascal Guyot - AFP
Un exemplaire du Code pénal au tribunal de Nîmes, le 16 décembre 2013. (Photo d'illustration) - Pascal Guyot - AFP

Le livre d'Hervé Lalin "est un terreau des actes antisémites d’hier et de demain". L'avocate de la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme (Licra), Me Alice Ouaknine, a donné le ton ce jeudi au procès en appel de l'écrivain déjà reconnu coupable à plusieurs reprises pour ses propos jugés antisémites ou négationnistes.

Ce jeudi après-midi au Palais de justice de Paris, c'est son ouvrage L'antisémitisme sans complexe ni tabou paru en janvier 2018 qui l'a, à nouveau, amené devant la justice. Le militant d'extrême droite Hervé Lalin, qui a pour nom d’emprunt Ryssen, a fait appel de sa condamnation en première instance pour "incitation à la haine", "injures publiques" et "contestation de crime contre l’humanité".

"Juif, inceste, hystérie"

Incarcéré depuis le 18 septembre 2020 pour une autre affaire, il a été escorté par deux policiers dans la salle d’audience, menottes aux poignets. "Vous avez déjà 17 mentions à votre casier judiciaire", lui a rapidement fait remarquer le juge avant de citer des extraits de l’ouvrage litigieux.

"Vous écrivez: 'Le judaïsme est un vivier de malades mentaux dénués de toute sorte de scrupule (...) Le judaïsme se résume en trois mots: juif, inceste, hystérie (...) La religion juive est la conceptualisation de la névrose hystérique'. Vous qualifiez les juifs de 'fous furieux'. Vous êtes conscient que certains de vos propos peuvent blesser la communauté juive?", l’interroge le magistrat.

Réponse sans équivoque de la part du mis en cause: "Non." Et d’ajouter: "Vous citez des conclusions de chapitres donc forcément ça peut paraître aberrant. Mais chez les sabbatéens l’inceste est obligatoire", renchérit-il, assurant que son ouvrage "vise à comprendre les spécificités du judaïsme" et qu’il ne "fait pas de généralités". Il ajoute que, contrairement à ce qu’a conclu le tribunal en première instance, il n’est pas négationniste.

"Je ne nie pas le chiffre de 6 millions de morts, soutient Ryssen. Je ne nie rien du tout de cette histoire."

"Antisémite professionnel"

Dans un tel débat, la liberté d’expression peut-elle être invoquée pour contourner les infractions reprochées? C’est en tout cas le pari de l’avocat de la défense, Pierre-Marie Bonneau, qui affirme que "si on ne pose pas les questions que Monsieur Lalin se pose [dans son ouvrage, ndlr], c’est la liberté d’expression qui est morte".

"Ryssen ne déteste pas les juifs. Il porte en revanche un regard sévère sur une idéologie qui s’appelle le judaïsme", plaide-t-il.

Mais pour l’avocate de la Licra, qui s’est constituée partie civile, l’écrivain est un "antisémite professionnel. Et il a fait un business de cette haine du juif depuis plus de 15 ans à travers ses livres et ses vidéos". Me Ouaknine démontre que le mis en cause utilise dans son livre un mécanisme de provocation à la haine en utilisant le champ lexical "du nuisible pour décrire les juifs, ce qui entraîne une réaction de rejet et de haine chez le lecteur".

Un plaidoyer que soutient la procureure générale. Debout dans sa robe noire, face à Ryssen qui feuillette son livre dans le box des accusés, la magistrate dénonce un récit clamant que la haine des juifs "doit pouvoir se vivre sans tabou ni complexe" et nourri par des "propos antisémites d’une extrême violence". Elle requiert à son encontre 15 mois de prison ferme dont 6 mois de sursis probatoire. La décision sera rendue le 12 mai prochain.

Article original publié sur BFMTV.com