Milices armées et manifestations : les électeurs américains face aux intimidations

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Milices armées, autoroutes bloquées, rassemblements : les tentatives d’intimidation visant à dissuader les électeurs de se rendre aux bureaux de vote se sont multipliées à l’approche de l’élection présidentielle américaine qui se tient ce mardi 3 novembre. Damon Hewitt, vice-président du Comité des avocats pour les droits civils en vertu de la loi (Lawyer’s Committee for Civil Rights Under Law), détaille pour la rédaction des Observateurs les principales menaces qui pèsent sur cette élection qui se déroule dans un climat de tension.

Le Comité des avocats pour les droits civils en vertu de la loi gère la principale ligne téléphonique non-partisane, "866-OUR-VOTE hotline", dont l’objectif est de répondre aux questions des citoyens sur le vote. Depuis juillet, cette organisation a reçu plus de 100 000 appels, soit deux fois plus de sollicitations que lors des précédentes élections.

Pour Damon Hewitt, cette augmentation des appels est due aux changements de procédures du vote en raison de la pandémie de Covid-19 :

"Nous recevons de nombreux appels liés à des confusions autour du vote par correspondance, car les règles changent. Il y a aussi des tensions dues au fait que certaines personnes veulent restreindre la démocratie en limitant le nombre de votants, ou bien en limitant les options qui s’offrent à eux pour voter. Nous avons en outre reçu des appels qui portent sur des cas potentiels d’intimidations de votants, comme la présence d’individus armés de fusils devant des bureaux de vote. Il y a aussi des témoignages faisant état de présence policière inappropriée."


Le week-end qui a précédé l’élection américaine a été marqué par une mobilisation ostensible des partisans du président Donald Trump. Des convois sur des autoroutes ont notamment été aperçus dans plusieurs villes américaines.

Le 31 octobre, des partisans de Donald Trump au Texas ont encerclé avec leurs véhicules un bus de campagne de Joe Biden. Un membre de la campagne du candidat démocrate a indiqué que les automobilistes ont tenté de "ralentir le bus et le sortir de la route". Le Bureau Fédéral d'Investigation (FBI) a ouvert une enquête à la suite de cet incident.

De nombreuses vidéos du convoi ont été partagées sur les réseaux sociaux.


Cette vidéo diffusée le 31 octobre montre un convoi de véhicules surmontés des drapeaux de campagne de Donald Trump encercler le bus de campagne de Joe Biden sur une autoroute du Texas. Ce supporter du président américain affirme qu’un véhicule blanc escortant le bus de Joe Biden a essayé de percuter un véhicule partisan de Donald Trump pour le sortir de la route.


Le lendemain, le 1er novembre, des convois de véhicules avec des drapeaux "Trump 2020" ont également bloqué des autoroutes à New York et dans le New Jersey.

Cette vidéo publiée le 1er novembre montre des partisans de Donald Trump bloquer le pont Tappan Zee, près du New York.

Cette vidéo, également diffusée le 1er novembre, montre un convoi pro-Trump sur la route Garden State Parkway, dans le New Jersey.


De nombreux Américains craignent d’être empêchés de voter en raison de ces pressions. Le 20 octobre, un agent de police de Miami a été sanctionné après avoir porté un masque avec l’inscription "Trump 2020" alors qu’il était en uniforme.

Par ailleurs, des témoignages font état de tentatives d’intimidation menées par de prétendus observateurs électoraux contre des électeurs, surtout après que Donald Trump a exhorté ses partisans à "surveiller très attentivement” le vote lors du premier débat présidentiel.

Selon Damon Hewitt, ces actions peuvent influencer les votants :

"Quand des votants voient une telle présence sur le chemin du bureau de vote, ils sont clairement intimidés. Pendant le vote anticipé, des électeurs nous ont affirmé qu’il y avait souvent une personne dans le bureau de vote qui prenait des notes sur eux, et qui parfois même les prenait en photo ou en vidéo. Évidemment, ce genre de comportement rend les gens mal à l’aise, ils se sentent agressés.

Les observateurs électoraux [envoyés pas les partis politiques] sont totalement légaux dans certains États. Mais certains détournent l’esprit de la réglementation et n’hésitent pas à jouer avec les règles.


Certaines tactiques d’intimidation sont subtiles, d’autres sont beaucoup plus explicites, comme celles des Gardiens du serment (Oath Keepers). Cette milice d’extrême droite armée a en effet promis de "protéger Trump" dans les bureaux de vote le jour J. Le 20 octobre déjà, deux hommes armés étaient apparus à proximité d’un bureau en Floride, affirmant qu’ils allaient "surveiller" le scrutin au grand désarroi des autorités locales.

Nous avons appris qu’il y a eu des appels lancés pour que des milices se rendent près des bureaux de vote, et même qu’ils y tiennent des rassemblements. C’est vraiment la pagaille. Heureusement que ces initiatives ne sont pas coordonnées et qu’elles ne sont pas de grande ampleur. En revanche, la rhétorique qu’on entend en ce moment encourage ces personnes à tenter leur chance.

Les milices sont là depuis longtemps. Mais, cette année, plus qu’avant, leurs activités se sont intensifiées à l’approche de l’élection. Il y a eu des appels à des manifestations à travers tout le pays lancés par certains groupes pour intimider les électeurs. Ils doivent certainement considérer que c’est l'occasion de jeter leurs dernières forces dans la bataille pour propager leur haine avant l’élection."


Toutefois, pour Damon Hewitt, ces tactiques peuvent aussi produire l’effet contraire :

"L’intimidation des votants et la propagation de fausses informations ne sont pas des phénomènes nouveaux aux États-Unis.

Cela existe depuis longtemps, notamment pour décourager les femmes ou les minorités de voter.

Or, les électeurs les plus exposés aux intimidations sont peut-être aussi ceux qui sont les plus motivés à aller voter. Nous pensons que les intimidations ne vont pas dissuader les électeurs, mais au contraire les pousser à s’engager davantage dans cette voie, et se rendre plus nombreux aux bureaux de vote. C’est en tout cas ce que nous espérons."


Article rédigé par Pariesa Young.