Liban: avec la crise économique, les élèves quittent le privé pour le public

Le Liban traverse une des pires crises économiques de ces 30 dernières années. Tous les indicateurs sont dans le rouge. Début septembre, le gouvernement a décrété l’état d’urgence économique et l’Institut de la Finance internationale a indiqué que le Pays du cèdre va entrer en récession en 2019, avec un recul de son PIB de 0,6%. La livre libanaise s’échange, au marché noir, à 8% plus cher que le taux officiel face au dollar. L’une des manifestations de la crise économique est la migration inédite d’élèves des écoles privées vers les établissements scolaires publics.

de notre correspondant à Beyrouth,

Cette migration est un signe de paupérisation de la classe moyenne, dont beaucoup de familles n’ont plus les ressources pour payer les écolages dans le secteur privé. Les frais de scolarité moyens pour un élève des cycles primaire et complémentaire se situent aux alentours de 2600 dollars par an, dans un pays ou le salaire minimum s’élève à près de 800 dollars par mois. Trois enfants scolarisés engloutissent les revenus de presque une année entière. L’enseignement, dans les 1250 écoles publiques, est pratiquement gratuit : 200 dollars par an.

Voilà pourquoi de nombreux parents ont choisi d’inscrire cette année leurs enfants dans les écoles publiques. Selon le chef de l’Union des comités de parents, Abdo Gebrayel, 12% des élèves des écoles privées ont migré vers le secteur public. Le Liban compte 1 100 000 enfants scolarisés, dont 70% fréquentent des écoles privées. Mais avec ce nouveau phénomène, les chiffres vont changer.

L'école publique a-t-elle les moyens d’absorber des milliers de nouveaux venus ?

Il s’agit en effet d’un grand défi, et le ministère de l’Education nationale a formé un comité spécial pour gérer ce déferlement inattendu et trouver les ressources nécessaires, notamment au niveau des classes et des enseignants. La situation est d’autant plus difficile que les écoles publiques accueillent, en plus de 340000 élèves libanais, plus de 200000 enfants de réfugiés syriens, dont la majorité assistent à des sessions spécialement organisées l’après-midi.

Ce programme est financé par la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis.
Le ministre de l’Education, Akram Chehayeb, a annoncé le report à une date ultérieure de la rentrée scolaire pour les non-Libanais, c’est-à-dire les Syriens et les Palestiniens. Cette décision, qui n’a pas été justifiée par le ministre, illustre les fortes pressions que subissent les écoles publiques libanaises.

La paupérisation frappe non seulement la classe moyenne mais aussi d’autres catégories de la population, notamment les personnes du 3ème âge

Le nombre des Libanais âgés de plus de 64 ans s’élève à 445 000 personnes, selon le président de l’un des plus importants centres d’étude et de sondage au Liban, « L’internationale pour l’information ». Dans un tweet publié à la mi-septembre, Jawad Adra affirme que 6 7000 personnes du 3ème âge ne mangent pas à leur faim et 200 000 sont mal loties ; 16 5000 disposent des besoins élémentaires pour une vie décente et 13 000 seulement sont riches.