Des migrants campent à Dublin plutôt que d'être expulsés par Londres vers le Rwanda

Un campement de migrants près de l'Office de protection internationale (IPO), le 30 avril 2024 à Dublin, en Irlande (PAUL FAITH)
Un campement de migrants près de l'Office de protection internationale (IPO), le 30 avril 2024 à Dublin, en Irlande (PAUL FAITH)

"J'ai eu très peur d'être envoyé au Rwanda", confie un migrant afghan qui comme d'autres a décidé de quitter le Royaume-Uni pour se rendre en Irlande, et campe désormais à Dublin.

L'adoption d'une loi permettant l'expulsion des migrants vers le Rwanda a déclenché leur départ du Royaume-Uni.

Mohammed, originaire d'Afghanistan, qui refuse de donner son nom de famille, explique avoir embarqué dimanche sur un ferry de Liverpool à Belfast, en Irlande du Nord, avant de se rendre à Dublin en bus.

"J'ai eu très peur d'être envoyé au Rwanda", explique-t-il à l'AFP devant l'Office de la protection internationale, qui traite les demandes d'asile. A 25 ans, il dort désormais sous une tente à l'extérieur du bâtiment.

"Maintenant, je ne sais pas quoi faire, il n'y a pas d'abris, mais au moins je me sens en sécurité", dit-il après avoir déposé une demande d'asile.

Une centaine de tentes ont poussé devant l'Office, depuis que le gouvernement irlandais a cessé il y a quelques mois de fournir un hébergement aux demandeurs d'asile, dans un contexte d'aggravation de la crise du logement et de montée du sentiment anti-immigration.

Les autorités ont encore tenté mercredi d'évacuer les tentes et de transférer les migrants afin qu'ils aient de meilleures conditions d'hébergement, avec des toilettes, des douches, des espaces intérieurs où se procurer de la nourriture.

Mais pour beaucoup de migrants comme Mohammed, être sous une tente est la moins pire des solutions.

"Dans mon pays, il y a les talibans. Et je ne peux pas me sentir en sécurité au Royaume-Uni" en raison du risque d'être expulsé vers le Rwanda, dit-il.

"Pourquoi ai-je quitté mon pays, l'Afghanistan, s'ils m'envoient là-bas ?",lance-t-il.

- "Ici pour rester" -

Lucas, un demandeur d'asile originaire du Nigeria, raconte qu'il y a eu un afflux de personnes arrivant d'Irlande du Nord ces derniers jours "à cause de la loi sur le Rwanda".

"Le Rwanda n'est pas sûr", dit cet homme qui dit avoir pris l'avion pour Belfast, en Irlande du Nord, avant de prendre un bus pour rejoindre Dublin.

La semaine dernière, la ministre de la Justice irlandaise, Helen McEntee, a affirmé que plus de 80% des demandeurs d'asile dans le pays étaient passés par la frontière terrestre avec la province britannique d'Irlande du Nord.

Le gouvernement a précisé lundi que ce chiffre couvrait "l'année ou les deux dernières années" mais marquait un changement: jusque là, les migrants arrivaient principalement dans les ports et aéroports irlandais, où ils demandaient l'asile.

Pour le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, cela prouve que le projet de Londres d'expulser les demandeurs d'asile au Rwanda fonctionne et a bel et bien un effet dissuasif.

Il prévoit de premières expulsions vers le Rwanda début juillet. Lundi, un premier migrant en situation irrégulière a été envoyé au Rwanda dans le cadre d'un autre programme, basé sur le volontariat, après le rejet de sa demande d'asile, selon des médias britanniques.

Le Premier ministre irlandais, Simon Harris, a averti dimanche que Dublin prendrait des mesures pour endiguer l'afflux, notamment en expulsant les demandeurs d'asile vers le Royaume-Uni.

Le sujet provoque des tensions entre les deux pays. Londres a prévenu qu'il refuserait ces expulsions depuis l'Irlande car, après le Brexit, les pays de l'Union européenne n'acceptent pas les demandeurs d'asile que le Royaume-Uni veut y renvoyer.

Selon des médias irlandais, une centaine de policiers vont être déployés à la frontière avec l'Irlande du Nord.

Il n'y a pas de frontière physique entre la province britannique et l'Irlande, celle-ci ayant été supprimée en 1998 dans le cadre de l'accord de paix après les décennies de conflit sanglant en Irlande du Nord.

Le fait que Londres n'accepte pas les retours de migrants est "une bonne nouvelle", se félicite Lucas. "Nous sommes ici pour rester".

La menace d'être expulsé au Rwanda dissuade les migrants de rester au Royaume-Uni, estime Amir Zeb, un Pakistanais de 39 ans qui campe depuis un mois devant l'Office de la protection internationale.

Lui s'est rendu directement en Irlande depuis Bahreïn.

"Le Rwanda ressemble au Pakistan ou à l'Afghanistan, c'est un pays pauvre comme le nôtre où il n'y a pas de (respect, ndlr) des droits humains", ajoute-t-il.

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