Midterms: une victoire mitigée des républicains aux airs de défaite personnelle pour Donald Trump

Donald Trump lors d'un meeting
Donald Trump lors d'un meeting

Depuis sa résidence floridienne de Mar-a-Lago, au coeur de la nuit électorale, Donald Trump n'a pas tardé à se féliciter de "chiffres extraordinaires" pour les siens. Si l'ex-président a tenu à claironner la victoire du camp conservateur, c'est qu'il comptait sur ces midterms pour lui paver la route d'un retour à la Maison Blanche. Pourtant, à mesure que les résultats de ces élections intermédiaires s'égrènent, celles-ci prennent l'allure d'une victoire à la Pyrrhus pour le milliardaire, voire d'une défaite symbolique.

Son étoile pâlit d'autant plus que son grand rival dans la course à la prochaine investiture républicaine à la présidentielle, Ron DeSantis, a été triomphalement reconduit dans ses fonctions de gouverneur de Floride.

Minimum électoral

Donald Trump a chiffré - sans étayer davantage - à "80 victoires et trois défaites" les succès de ses candidats lors de ces midterms. Toutefois, la carte que CNN actualise régulièrement au sortir du scrutin dévoile une toute autre vérité. Démocrates et républicains sont à touche-touche au Sénat, avec pour l'heure 48 élus de chaque côté. Certes, l'opposition de droite devrait l'emporter à la Chambre des représentants, dominant pour le moment les débats avec 199 parlementaires contre 178 partisans de l'administration Biden. Mais c'est bien le minimum.

"Sur les dix derniers midterms, le président perd une trentaine de sièges en moyenne à la Chambre des représentants et deux ou trois au Sénat. Par rapport à la moyenne et au contexte très défavorable à Joe Biden, la performance des républicains est quand même très médiocre", a ainsi décrypté en plateau ce mercredi Thierry Arnaud, éditorialiste international de BFMTV, et ex-correspondant aux États-Unis.

La débandade des "bébés Trump"

Encore faut-il trier le bon grain de l'ivraie dans la moisson des sièges récoltés. "Monsieur Trump est très habile, il a eu des victoires avec certains candidats", a d'abord nuancé Randy Yaloz, avocat franco-américain et président de la branche française des "republicans overseas" (antenne du Parti républicain à, l'étranger), avant de reconnaître: "Mais dans les États-clés il a moins de succès".

Au rayon des satisfecit pour l'ancien président dans les États perçus comme cruciaux par les observateurs, on note cependant la victoire de son poulain J.D. Vance, qui décroche le mandat de sénateur de l'Ohio. Ailleurs, il est vrai, les scores des prétendants qui lui étaient le plus associés sont loin d'être flatteurs, comme celui de l'ex-star de Fox News Keri Lake, en mauvaise posture dans la course au poste de gouverneur de l'Arizona. Situation délicate également pour l'ex star du foot américain Herschel Walker en Géorgie, à la traîne dans les décomptes après dépouillement de 96% des bulletins.

Le handicap trump

Et un doute affreux monte dans le camp conservateur: et si Donald Trump n'avait pas seulement raté le plébiscite dont il rêvait mais avait même amoindri les chances de son parti?

"Des interlocuteurs républicains de Fox News se demandent si l'implication de Donald Trump n'a pas eu un effet négatif dans certains Etats", rapporte ainsi Philippe Corbé ce mercredi.

Le chef du service politique de BFMTV et envoyé spécial aux États-Unis s'est fait l'écho d'une nouvelle interrogation de la droite après ce scrutin: "Est-ce que Mehmet Oz, en Pennsylvanie, n'a pas été desservi par son meeting commun avec Donald Trump il y a quelques jours, alors que les sondages semblaient le montrer en passe d'être élu?" Une victoire qui engendre plus de questions que de certitudes ressemble furieusement à un échec. Le républicain franco-américain Randy Yaloz n'a pas cherché à se défiler en abordant ce sujet en studio ce mercredi.

"J'ai un sentiment mélangé. D'un côté, c'est un scrutin sur la popularité de Donald Trump et le soutien envers lui au sein des républicains. Moins de républicains sont sortis que prévu... Comment l'analyser? On le fera dans les prochains jours mais il y aura sans doute des conséquences pour monsieur Trump, et au sein du Parti républicain".

L'ascension de Ron DeSantis

Les cadres républicains l'assument donc à haute et intelligible voix: ces midterms remettent en cause le leadership de Donald Trump. L'épreuve est plus périlleuse encore pour ce dernier dans la mesure où son remplaçant hypothétique en vue de la présidentielle de 2024 semble tout trouvé: Ron DeSantis. Or, le gouverneur de la Floride a connu une fortune bien différente à l'élection. Après avoir été élu à l'arrachée en 2018, avec 49,6% des voix enregistrées, il en capte cette fois 59,40%.

Tout aussi droitier que son rival - comme le montrent ses propos sur les migrants ou sa volonté de voir le "wokisme mourir en Floride" exprimée lors de son discours de victoire mardi soir - l'ancien militaire tranche par son caractère malgré tout plus tempéré. Et à l'évidence, il a réussi à séduire au-delà de la base traditionnelle de son mouvement, rehaussant encore sa victoire.

"Il remporte le comté de Miami, jusqu'ici très solidement ancré chez les démocrates et là pour le coup, c'est une vraie vague", a exposé Thierry Arnaud.

Moyennant une astuce familière aux États-Unis - et tout à fait légale -, connue sous le titre de "gerrymandering" ou de "redistricting", qui consiste à redessiner les circonscriptions locales à sa guise après le recensement de la population effectué chaque décennie, Ron DeSantis a de surcroît su assurer la consécration de ses alliés.

"Il y a 28 sièges de représentants en Floride, une vingtaine seront républicains", a relevé Thierry Arnaud.

Randy Yaloz a résumé l'avenir du Parti républicain d'ici la fin du mandat de Joe Biden: "On sait que ce sera une course entre monsieur DeSantis et monsieur Trump". On sait aussi qui fait la course en tête désormais.

Article original publié sur BFMTV.com