Michel Fourniret entendu par la juge d'instruction dans l'affaire Estelle Mouzin

Valentin BONTEMPS
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Cérémonie en mémoire d'Estelle Mouzin, à Guermantes, le 11 janvier 2014. Agée de neuf ans, Estelle Mouzin a disparu alors qu'elle rentrait de l'école le soir du 9 janvier 2003. Son corps n'a jamais été retrouvé

Paris (AFP) - Le tueur en série Michel Fourniret était entendu mercredi par la juge chargée de l'enquête sur la disparition d'Estelle Mouzin en 2003, qui pourrait décider de le mettre en examen dans ce dossier criminel vieux de 17 ans.

L'audition, réalisée dans le cadre d'un "interrogatoire de première comparution", a débuté vers 14H00 dans le bureau de la juge d'instruction parisienne Sabine Khéris, qui a récupéré l'enquête en juillet.

Elle pourrait déboucher sur une mise en examen du tueur en série, déjà condamné deux fois à la perpétuité pour les meurtres de huit jeunes femmes ou adolescentes, précédés de viols ou tentatives de viol, entre 1987 et 2001.

Interrogé par des journalistes avant le début de l'audition, les avocats de Michel Fourniret n'ont pas souhaité faire de commentaires.

Le tueur en série a jusqu'à présent toujours nié son implication dans la disparition d'Estelle Mouzin, survenue le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne), expliquant qu'il se trouvait ce jour-là à son domicile de Sart-Custinne, en Belgique.

En guise d'alibi, l'"ogre des Ardennes" invoque un appel téléphonique passé à son fils le soir des faits pour son anniversaire. Son fils n'avait alors pas décroché mais l'appel a été attesté par des relevés téléphoniques.

Cette version est cependant fragilisée par les déclarations de son ex-épouse Monique Olivier, qui a raconté jeudi dernier à la juge avoir elle-même passé ce coup de téléphone, à la demande de son mari.

"Cela signifie que Michel Fourniret n'était pas à Sart-Custinne le jour de la disparition d'Estelle Mouzin. Il était ailleurs", a assuré l'avocat de Monique Olivier, Me Richard Delgenes.

Le tueur en série se trouvait-il à Guermantes, village situé à 250 km de son domicile belge, à ce moment-là? "On sait qu'à l'époque il partait plusieurs jours". Mais "situer et dater ses absences de janvier 2003, c'est un peu compliqué aujourd'hui", a souligné Me Delgenes.

- "Un sujet à creuser" -

Agée de neuf ans, Estelle Mouzin a disparu alors qu'elle rentrait de l'école le soir du 9 janvier 2003. Son corps n'a jamais été retrouvé et les nombreuses pistes envisagées par les enquêteurs n'ont rien donné.

En 2006, la police s'était intéressée une première fois à Michel Fourniret. Une photo d'Estelle Mouzin avait en effet été retrouvée sur son ordinateur et une camionnette blanche semblable à celle du tueur avait à l'époque été repérée en Seine-et-Marne.

Mais "l'ogre des Ardennes" avait été mis hors de cause en 2007 dans cette affaire. Six ans plus tard, l'expertise de milliers de poils et cheveux prélevés dans sa voiture n'avait pas non plus permis de trouver de trace ADN de la fillette.

Les spéculations sur sa possible implication ont néanmoins été relancées après une audition survenue en mars 2018, portant sur les meurtres de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domece, tuées en 1988 et 1990 dans l'Yonne.

Face à la juge Sabine Khéris, également chargée de cette affaire, Michel Fourniret avait déclaré selon une source proche du dossier que la disparition d'Estelle Mouzin était "un sujet à creuser", estimant avoir le "cul merdeux" dans cette affaire.

Des déclarations considérées comme des "aveux en creux" par les avocats du père d'Estelle Mouzin, engagé dans un combat sans relâche pour connaître la vérité sur la disparition de sa fille.

"Les éléments sont réunis pour avancer très sérieusement sur la seule piste qui existe dans l'affaire", ont souligné jeudi dernier Me Corinne Hermann et Me Didier Seban, disant espérer la mise en examen rapide de Michel Fourniret.

Ce dernier, âgé de 77 ans, souffrirait selon plusieurs médias de troubles de la mémoire liés à un début de maladie d'Alzheimer. "Il peut avoir des moments d'absence mais il est parfaitement conscient, capable de débattre, de répondre", a toutefois souligné mercredi Me Didier Seban.